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capacité plus sérieuses de la part de ceux qui (voudront ouvrir une école ? Nous n’y voyons pas grand inconvénient : un diplôme de bachelier suffit aujourd’hui et c’est peu. Se plaint-il du défaut de surveillance sur l’enseignement libre ? Dans ce cas, il a tort de s’en prendre à la loi, car, non seulement elle autorise, mais elle ordonne cette surveillance, et ce n’est pas sa faute si l’État ne l’a pas exercée. Sur ce point encore, on se mettrait aisément d’accord. M. Combes a-t-il d’autres projets que nous ignorons ? Il faut attendre de les connaître pour les juger. Sa déclaration est vague, un peu fuyante, un peu évasive : elle indique des tendances générales plutôt qu’une volonté précise et ferme. Il en est de même dans ce qu’elle dit de l’armée. « Nous saurons, y lisons-nous, tenir l’armée à l’écart de la politique. » Tant mieux ! Cette phrase a été applaudie par la droite et par le centre comme par la gauche. On ne saurait établir une séparation trop profonde entre la politique et l’armée. Mais c’est une œuvre qui demande aujourd’hui quelque délicatesse de main ; et, quand nous voyons que, non content de maintenir M. le général André à la Guerre, M. Combes a jugé à propos de mettre M. Camille Pelletan à la Marine, nous nous demandons s’il a pris les meilleurs moyens de réaliser ses intentions. L’armée et la marine ne demandent qu’une chose, de la part des sommes qu’on place à leur tête, c’est qu’ils les aiment et qu’ils aient confiance en elles. Si M. le général André aime l’armée, c’est d’un amour bien agité et parfois bien brutal. Quanta M. Pelletan, il a passé toute sa vie à dire du mal de la marine, et n’a jamais laissé échapper une occasion de déconsidérer ses chefs. Peut-être cela lui passera-t-il quand il les verra de plus près : mais, en attendant, c’est un singulier cadeau que M. Combes a fait à la marine. Il est vrai, — est-ce une excuse ? — que, s’il l’a fait à la marine, c’est pour ne pas le faire aux travaux publics.

Car les Travaux publics ont été menacés de M. Pelletan, partisan acharné du rachat des chemins de fer par l’État, et qui, à moins de se donner à lui-même le plus injurieux démenti, n’aurait pas pu se dispenser, s’il avait pris la succession de M. Baudin, de déposer un projet de loi pour proposer ce rachat immédiat. Or, dans notre situation financière, le rachat des chemins de fer serait la pire des aventures, et peut-être la faute la plus grave qu’on pourrait faire après tant d’autres. Il parait que M. Rouvier n’a accepté d’entrer dans le Cabinet que si M. Pelletan n’était pas aux Travaux publics. On avait besoin de M. Rouvier ; il était indispensable, car, si le parti radical est généralement pauvre en hommes, il l’est surtout en financiers. La présence de M. Rou-