Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/109

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des lumières imprévues et des constatations positives d’affinités ou de contrastes, de filiations ou de dissemblances qui se présentent naturellement à l’esprit. Ces index synchroniques sont indispensables et il sera bon de les consulter souvent, de les rectifier et de les compléter à l’occasion, avec la conscience la plus scrupuleuse, car c’est surtout au début de pareilles études qu’il est essentiel de se garder des partis pris et de se maintenir dans un état d’absolue sincérité.

Dès ces premières investigations dans les bibliothèques et les musées, les grandes lignes de votre œuvre apparaissent déjà avec l’ensemble de sa structure, ses proportions et ses divisions principales. Et pourtant, ce n’est là, à vrai dire, qu’une préparation de seconde main, dont les données vous ont été fournies par vos devanciers. Le moment est venu d’entrer dans une phase de recherches plus immédiates et plus personnelles. Des voyages d’exploration à travers les collections et les musées étrangers vont maintenant vous apporter le contingent d’informations spéciales qu’ils peuvent vous fournir. Mais, avant de les entreprendre, il convient de préparer ces voyages, d’en régler l’itinéraire, en étudiant à l’avance les problèmes spéciaux que certaines œuvres vous présenteront sur votre route et sur lesquels il importe d’être préalablement éclairé.

C’est d’ailleurs un art très particulier que de savoir visiter un musée et, pour mettre en valeur et développer en soi les qualités de clairvoyance et de mesure qui vous sont nécessaires, la tâche n’est point si facile. Des élémens d’appréciation nombreux et complexes entrent, en effet, dans les jugemens que nous avons à porter et la concentration, la continuité qu’exige une telle attention devient bien vite une cause de fatigue. Quelle que soit notre force de résistance, tout commerce prolongé avec les œuvres d’art et toute étude consciencieuse des particularités qu’elles peuvent offrir, aboutissent à un état de lassitude qui émousse rapidement la fraîcheur et la vivacité de nos impressions. De là, pour le critique, la nécessité de régler l’hygiène et l’économie de ses séances dans les musées. Avant de procéder à l’examen minutieux de chacune des œuvres qui peuvent l’y intéresser, une reconnaissance générale à travers toutes les salles lui permettra de distinguer déjà les plus significatives de ces œuvres et de leur faire dans l’emploi de son temps une part proportionnelle à leur importance respective. La fatigue survient-elle,