Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


visitées. Tout a son utilité de ce qui peut fixer vos souvenirs, vous remettre plus tard en présence des œuvres que vous avez à étudier et vous faire vivre avec elles.

Au retour de ces voyages, tandis que votre mémoire est encore fraîche, il vous faut faire, dans la retraite, le triage des matériaux que vous venez ainsi d’amasser pêle-mêle, séparer l’ivraie du bon grain, classer les documens recueillis, dans l’ordre et selon l’importance qu’il convient d’assigner à chacun d’eux.

De grossière et lâche qu’elle était primitivement, la trame du canevas de votre œuvre est devenue peu à peu plus serrée, plus fournie. Sur elle, apparaissent déjà quelques linéamens, d’abord isolés et incohérens, puis manifestant bientôt une suite ; un semblant de dessin qui, avec le temps et la réflexion, s’accuse de plus en plus. L’image du maître qui fait l’objet de votre étude se dégage pour vous, se fixe, dans ses traits les plus caractéristiques. Vous assistez au développement de son talent, à la création de ses œuvres ; vous pouvez constater ses hésitations, ses défaillances. Avec ses aspirations à la fois plus hautes et mieux définies, vous saluez les joies de sa pleine maturité et ses légitimes triomphes. Mais, dans ce travail de reconstitution d’une grande figure, il s’agit de lui donner la vie, de démêler et de marquer exactement son originalité propre, en faisant à l’occasion les réserves nécessaires, en laissant, malgré tout, dominer l’admiration que vous inspire votre modèle, car c’est pour étendre cette admiration, autant que pour l’éclairer, que la critique est faite.

Que de difficultés dans un pareil travail ! Et pourtant, si long, si pénible qu’il soit, il importe que le public n’en sente jamais l’effort. A mesure que vous possédez mieux votre sujet, vous voyez mieux aussi les imperfections de votre étude. Il en est auxquelles il faut savoir vous résigner. Gardez-vous, en tout cas, de ces affirmations hasardeuses qui cherchent à masquer les obscurités ou les doutes que vous n’avez pu éclaircir. Avouez vos ignorances et contentez-vous d’exposer en toute conscience l’état des questions laissées par vous sans solution. Avez-vous fait, au cours de vos recherches, quelque menue découverte ? Ne l’étalez pas complaisamment, estimez-la pour ce qu’elle vaut, et qu’elle ne tienne dans l’ensemble de votre travail qu’une place proportionnée à son importance. Que si vous pensez qu’elle