Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/115

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nul plus que vous ne les déplore, il aura cependant été pour vous l’occasion d’une tâche bienfaisante, puisque, pendant les années qu’il vous a occupé, il vous a fait vivre dans un commerce de plus en plus étroit avec des chefs-d’œuvre et avec les grands artistes qui les ont produits. Vous avez essayé de les comprendre, de vous hausser jusqu’à eux et de traduire de votre mieux les impressions qu’ils ont éveillées en vous. Quelle que soit sa destinée, votre œuvre, vous le savez, n’a rien de définitif. Sans parler des découvertes imprévues qui peuvent renouveler le sujet que vous venez de traiter, d’une génération à l’autre, les maîtres vraiment supérieurs se présentent sous des aspects différens. Ils continuent à exciter l’admiration ; mais les motifs qu’on a de les admirer changent eux-mêmes avec le temps. Si peu durables que puissent être les jugemens qu’on porte sur eux, il y a toujours profit à vivre avec eux. En dépit de l’oubli qui, à courte échéance, attend de pareilles études, elles assurent à celui qui s’y livre avec amour les jouissances les plus vives et les plus pures. Au milieu des tristesses publiques ou privées qui ne sont épargnées ici-bas à personne, elles permettent, sinon d’y échapper tout à fait, du moins de pouvoir parfois en détacher son esprit, ce qui est bien quelque chose.


EMILE MICHEL.