Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/128

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Celui-ci se manifeste par une tendance irraisonnée à l’imitation. Aussi l’exemple a-t-il une importance capitale. Il peut déterminer l’enthousiasme aussi bien que la panique, et ceci fait comprendre que le soldat en tirailleur, n’étant plus tenu en main comme il l’était autrefois dans le rang, il devient indispensable que sans cesse les chefs donnent l’exemple.

Le front de combat ne sera plus formé par une ligne continue de tireurs, mais bien par un certain nombre de groupes, d’ « essaims, » conduits par un gradé, qui, pour se rapprocher de l’adversaire, suivront les couloirs ou les cheminemens défilés, afin d’ouvrir le feu à aussi courte distance que possible.

Pour gagner du terrain, les officiers et gradés ayant reconnu de nouveaux points à occuper, enlèvent leur troupe en se jetant en avant pour la guider. C’est la tactique essentiellement française du : « Suivez-moi. » Nous lui devons bien des victoires, et il se trouve qu’elle s’applique on ne peut mieux aux procédés de combat aujourd’hui nécessaires.

Tout essaim de. tirailleurs doit s’efforcer de pénétrer dans la ligne ennemie par tous les moyens possibles, sans régler son mouvement sur celui de ses voisins, et surtout sans les attendre.

Il faut en effet se rappeler que, sous une fusillade un peu vive, lorsque les essaims attendent pour avancer que leurs voisins aient facilité leur marche, comme ceux-ci font le même raisonnement, toute la ligne de combat s’immobilise.

L’indépendance du mouvement des essaims sur la ligne de feu oblige donc à cette condition essentielle, qu’ils doivent avoir entre eux des intervalles assez considérables, 50, 80, 100 mètres et quelquefois plus. Alors seulement ils peuvent utiliser les accidens du terrain.

Il est facile de comprendre que la formation d’une ligne de combat sans intervalles amène l’arrêt du mouvement. Il faudrait en effet faire progresser toute la ligne à la fois, ce que la puissance des armes actuelles ne permet plus. Une portion de quelque importance de la ligne de combat ne pourrait même pas se porter en avant sans s’exposer à être fusillée par ses voisines. L’intervalle entre les essaims, en assurant leur indépendance, leur permet de profiter de toutes les occasions favorables pour gagner du terrain et entretenir dans l’ensemble le mouvement en avant.

Il en résulte que, pour progresser, l’essaim ne doit compter