Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/129

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aimable cousine sont les seules puissances capables d’animer mon existence : tout est mort pour moi hors de là. Je commence à espérer cependant que le sort, fatigué de mettre obstacle à tous mes vœux, va rompre enfin une partie de ma chaîne. Mon père, le Roi qui veut bien être aussi pour moi le meilleur des pères, me donnent l’espoir que je pourrais bientôt rejoindre l’armée de Condé. Je serai sur le continent où respire ma cousine, et combattrais pour elle ; et si je suis assez heureux pour acquérir quelque gloire, avec quel bonheur alors n’en irais-je pas porter l’hommage à ses pieds ! Recevez avec bonté, ma bien chère cousine, celui de ma vive tendresse et de tous les sentimens qui remplissent le cœur de votre plus affectionné cousin. »

Il résulte de cette lettre que le Roi avait résolu d’envoyer son neveu à l’armée de Condé et de l’y laisser jusqu’au moment où le mariage pourrait être célébré. Mais il considérait comme essentiel qu’avant tout, une rencontre eût lieu entre les fiancés, qu’il leur fût donné de se revoir, de renouer connaissance et de s’entretenir ensemble. C’était là son souci le plus pressant. Le Duc d’Angoulême étant arrivé à Blanckenberg le 26 avril, le Roi, dès le 1er mai, prenait ses dispositions pour l’expédier à Prague où venait d’arriver Madame Royale. Les Français menaçant Vienne, l’Empereur avait voulu mettre en sûreté les plus jeunes de ses sœurs et de ses frères. Il les avait fait partir pour la Bohême et Madame Royale avec eux. C’était donc à Prague que le Duc d’Angoulême allait retrouver sa cousine après une longue séparation, si toutefois l’Empereur ne s’opposait pas à leur rapprochement.

Peut-être eût-il été prudent de s’enquérir de ses dispositions à cet égard avant que le Duc d’Angoulême ne se mît en route. Mais le Roi ne se faisait nulle illusion quant au mauvais vouloir de la Cour d’Autriche ; il redoutait qu’elle n’entravât ses projets et il pensait que le plus sûr moyen de déjouer une malveillance toujours à craindre, c’était de brusquer les choses en faisant partir son neveu sans s’attarder à solliciter l’autorisation impériale. Elle eût peut-être été refusée, tandis que, le Duc d’Angoulême se trouvant à Prague, on n’oserait sans doute l’empêcher de voir sa cousine.

Son départ avait été fixé au 3 mai. Le Duc de Berry qui retournait à l’armée devait voyager avec lui jusqu’à Leipsick. Dans cette ville, les deux frères se sépareraient. Le cadet et les