Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/141

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Royale avec son cousin. Ces moyens, dans la pensée du Roi, doivent résulter d’une entente entre le Cabinet de Vienne et celui de Saint-Pétersbourg, et cette entente se fera si le Tsar le veut.

Les choses en sont là lorsqu’il lui revient par une voie détournée qu’à Vienne sa nièce s’inquiète de voir qu’en négociant la paix avec la France, le gouvernement autrichien ne songe pas à stipuler une indemnité pour elle. Il s’étonne, — et il le lui dit, — qu’elle puisse penser recevoir quoi que ce soit des bourreaux de ses parens. Elle ne doit désirer que le bouleversement de la République.

« Qui peut en douter, réplique-t-elle, que je ne désire autre chose que la ruine de cette puissance usurpatrice ? Assurément, je la déteste par toutes ces horreurs ; et mon intérêt même, si je n’avais pas d’autre sentiment que celui-là, me force de désirer sa ruine. Quant à être comprise dans le traité, j’avoue que je désire que l’Empereur fasse quelque chose pour moi, pour pouvoir vivre indépendante de la république surtout, et même d’aucunes puissances quelconques. Je n’aime pas à être à charge, et je trouve que, dans ce moment-ci, on ne peut compter sur aucun de ses alliés. Je crois même que vous n’avez pas à vous louer de ceux d’Espagne. Voilà pourquoi je trouve que, ne pouvant compter sur personne, il vaut mieux vivre indépendante. Voilà les raisons qui me font souhaiter que l’Empereur fasse quelque chose pour moi, dans son traité avec la France, mais de la république, je n’attends rien au monde, je la déteste autant que je le dois. »

Le Roi s’émeut de ce qu’il y a d’amertume et de vivacité dans cette réponse. Il se défend d’avoir voulu donner une leçon.

« J’ai reçu, ma chère enfant, votre lettre du 23 juillet et pour aller tout de suite à l’article le plus intéressant pour mon cœur, Dieu me garde de supposer que vous puissiez jamais vous abaisser jusqu’à consentir à recevoir la moindre chose de ces monstres ; je connais trop bien l’élévation de votre âme ; mais j’ai dû vous dire ce que je vous ai dit, parce que je connais la méchanceté des hommes et que d’autres que moi auraient pu faire cette odieuse supposition. Mais personne ne désire plus vivement que moi que l’Empereur s’occupe de vos intérêts dans le traité qu’il va conclure et je reconnais, avec un plaisir que je ne saurais vous exprimer, la justesse de votre esprit dans les