Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/82

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interrompre ses études. Il continuait à écrire l’histoire des moines d’Occident. « C’était un grand spectacle, a dit Prévost-Paradol, que de le voir poursuivre ses travaux accoutumés au milieu des plus vives douleurs, et servir, de toutes les forces qui lui restaient encore, les grandes causes auxquelles il avait voué sa vie. » Bien qu’il soit resté lui-même jusqu’au bout, gardant ses vivacités et ses éclats, son âme s’élevait encore, se détachait, s’affinait. Il avait d’infinies délicatesses, dont voici un trait. L’abbé Besson, dans sa dernière visite, déplorait l’attitude des populations du Jura vis-à-vis de lui : « Rien ne vous a détaché de nous, disait-il, et cependant nous avons été bien ingrats. — Non, mon ami, ce sont les temps qui l’étaient, non les hommes. »

Sans cesse, il revient à parler de son amour pour l’Eglise, il ne craint pas de se répéter. « A soixante ans que je vais avoir bientôt, écrit-il dans l’automne de 1869, je sens que j’aime l’Église et que je crois en elle avec une tout autre énergie qu’à vingt ans. Les prodiges de vertu et de sainteté qu’elle offre à mon admiration quotidienne, dans les recoins les plus obscurs du monde, me touchent jusqu’au fond des entrailles, et font plus que de me consoler des nuages et des ombres qui obscurcissent ses rayons les plus élevés… Ne pouvant plus la servir ici-bas, je lui garderai du moins, jusqu’au jour où ses derniers secours viendront adoucir la fin de mes trop longues souffrances, je lui garderai une âme plus que jamais docile à ses sublimes enseignemens, plus que jamais avide de ses consolations surnaturelles, plus que jamais éprise de sa divine beauté. »

Des hauteurs où l’avait élevé sa foi [1], les petitesses des hommes ne pouvaient lui cacher la grandeur de Dieu. Dans une lettre écrite la veille de sa mort, et que l’on trouva sur sa table, il disait au baron de Hübner, à propos de sa Vie de Sixte-Quint : « Vous n’avez dissimulé ni les ombres ni les taches, qui sont inséparables de l’élément humain, toujours si visible et si puissant dans l’Eglise, et par cela même vous faites d’autant mieux ressortir l’élément divin qui finit toujours par prévaloir, en nous inondant de sa douce et convaincante lumière. » C’est, en effet, inondé de cette douce et convaincante lumière qu’il est mort tout à coup, un matin, le 13 mars 1870. Il s’était attaché depuis quelque temps à réunir, parmi les textes de la Sainte Ecriture

  1. Lettre à lady Herbert, 1869.