Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/83

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qui se rapportent à la mort, les plus propres à inspirer le repentir et à préparer à l’éternité. Tout entier à ces hautes pensées, il n’avait plus rien à craindre des surprises de la dernière heure, et il a pu, suivant le mot de Bossuet, entrer, sans s’émouvoir, dans les profondeurs de Dieu.


VI

Combien puissantes devaient être les raisons de croire d’un homme qui avait triomphé de telles épreuves ! Les écrits, les entretiens de Montalembert permettent de s’en rendre compte.

J’ai essayé de les résumer en m’aidant de mes souvenirs personnels. Je crois qu’elles peuvent être ramenées à quelques-unes qui furent décisives. Dès sa jeunesse, lecteur assidu des livres sacrés, pénétré de l’importance des preuves historiques qu’ils renferment, Montalembert y trouvait sans doute un fondement pour sa foi ; mais, à vrai dire, ce n’est point là qu’il a cherché les motifs de crédibilité qui l’ont décidé. Chaque esprit, d’ailleurs, a les siens et est frappé par tel ou tel aspect particulier de la vérité. Initié, un des premiers en France, au mouvement naissant de la critique rationaliste en Allemagne et en Angleterre, par suite de ses séjours en ces deux pays, il n’en avait pas été ébranlé. au-delà des difficultés soulevées par cette critique, au-delà des argumens et des hypothèses qu’elle invoquait et qui n’ont pas beaucoup varié, ce qui le frappait, c’est la place tenue dans l’histoire par les doctrines du Christ qui ont renouvelé la conscience humaine, par l’Eglise qui les représente, qui vit et s’étend, en dépit de toutes les causes de destruction, en dépit des faiblesses qu’elle traîne après soi. Appréciant les doctrines, moins d’après leur vérité spéculative que d’après leur aptitude à procurer le progrès et le bonheur, il constatait que ce qu’il y a eu de meilleur dans l’humanité, depuis la venue du Christ, elle le lui doit, et il estimait qu’il était impossible d’expliquer, par des raisons purement naturelles, une pareille influence.

Historien, il étudiait surtout le christianisme dans les faits. Il le suivait dans son action civilisatrice, dans le renouvellement et la transformation des peuples, dans l’immense révolution qu’il a accomplie par le relèvement de la condition de la femme et par la restauration de la famille. Il le voyait faire fleurir, dans des sociétés vieillies, décrépites, lus plus admirables vertus ;