Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/84

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dompter, discipliner, métamorphoser les nations barbares ; réaliser les enseignemens du Sermon sur la Montagne et triompher du plus redoutable tyran auquel l’humanité soit assujettie, l’égoïsme ; susciter sur tous les points du globe, et depuis des siècles, en faveur des misérables, des prodiges de générosité, d’amour, d’héroïque charité ; s’incarner dans des créatures idéales telles que l’antiquité, non seulement n’en a jamais connu, mais n’en a même pas soupçonné de semblables : un saint François d’Assise, un Fra Angelico, un saint Vincent de Paul. Il constatait enfin, chez des chrétiens éminens, la réunion de dons presque toujours divisés : la supériorité intellectuelle associée au dévouement sans limites et à l’intégrité de vie, triple autorité dont la présence exclut véritablement la possibilité de l’erreur. Cette parole de saint Augustin : Ubi magnitudo et ipsa veritas est, lui revenait sans cesse à l’esprit. Il croyait que là où la grandeur d’âme, où la beauté morale a trouvé sa plus haute expression, là est la vérité. En un mot, comme il l’écrivait dans une lettre célèbre, il était épris de la divine beauté du christianisme, et c’était sa première raison de croire.

L’expérience de la vie devait ajouter singulièrement de force à une autre raison de croire qui avait impressionné sa jeunesse. On se rappelle dans quelles circonstances s’était posé devant lui le problème du mal, et quelle solution il y avait donnée. Dans le cours de ses dernières années, après avoir reconnu que « l’Eglise reste seule dépositaire des vertus dont l’accès est le plus difficile à l’homme, et qui lui sont le plus nécessaires, » il fait la remarque que « seule elle possède la clef des deux grands mystères de la vie humaine : la douleur et le péché [1]. » Il ne trouve ailleurs ni explication plausible, ni remède efficace. Les ironies dont est l’objet la théorie de la déchéance originelle ne lui ôtaient pas la vue claire des faits. Il lui suffisait de l’expérience journalière pour reconnaître que les penchans vers le mal dominent les divers instincts de l’enfance et qu’il y a nécessité de les combattre. Il lui suffisait de prêter l’oreille pour entendre la longue plainte dont les siècles nous renvoient le tragique écho, ce cri de notre misère, décisif témoignage d’un équilibre rompu dans la nature humaine.

Il en était frappé comme Pascal, et l’observation des faits

  1. Lettre à lady Herbert (1869).