Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/671

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les premiers coups de canon tirés contre la liberté, et ces couleurs nationales, qui vous sont si chères, je n’ai jamais voulu en porter d’autres. » A ces hommes plus modestes et plus doux, dont les conquêtes sont cependant plus durables, il fallait qu’il pût dire : « Ces sciences, que vous cultivez avec tant d’ardeur, m’ont consolé dans l’exil et nourri dans l’adversité. » Mais c’est à vous surtout qu’il devait s’adresser, hommes simples et grands des journées de Juillet… La salle qui porte votre nom termine ce musée national ; il faut traverser la gloire de la France, pour arriver à la vôtre. Les reconnaissez-vous, ces bras nus, ces mains noircies par la poudre, qui écartent les pavés pour faire place au prince que vous avez élevé au trône ? Le voilà, cet Hôtel de Ville où vous avez reçu ses sermens ; levez les yeux et voyez la Charte sous l’emblème de la vérité ; elle vous rappelle les premières paroles qu’il prononça, et il leur a élevé ce monument pour consacrer éternellement sa promesse. »

Faut-il ajouter que, si Louis-Philippe avait trop de finesse et trop de clairvoyance pour être aussi rassuré que paraissaient l’être ses panégyristes sur la durée de son œuvre politique, il ne pouvait que ressentir, à Versailles, une satisfaction sans mélange lorsqu’il y voyait les hauts faits de ses fils retracés par le pinceau si fécond d’Horace Vernet, son peintre favori : l’assaut de Constantine, le passage des Portes de Fer, la prise de Saint-Jean-d’Ulloa, et surtout cette immense toile de la Smalah, qui obtint un si grand succès et dont, aujourd’hui encore, on ne regarde pas sans intérêt les pittoresques épisodes ? Il y avait surtout, à Versailles, un tableau que Louis-Philippe aimait entre tous, c’est celui où Vernet l’avait représenté en grand uniforme entouré de ses cinq fils, Orléans, Nemours, Joinville, Aumale, Montpensier, montés sur de superbes chevaux, franchissant la grille du château restauré par ses soins ! Devant ce tableau, que le second Empire ne manqua pas d’exiler dans un obscur magasin, l’on comprend combien cette toile était chère au légitime orgueil du père et du roi, en lui rappelant les jours heureux, antérieurs à la mort tragique de l’héritier présomptif de son trône.

Aussi ne doit-on pas s’étonner si, jusque dans son exil à Claremont, Louis-Philippe, — auquel le temps avait manqué pour compléter, comme il l’eût désiré, le musée par une bibliothèque renfermant tous les documens et les ouvrages relatifs à