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guerre, et qu’en nous enrôlant sous leur discipline parfaite ils nous laissent nos riches bagages et nos bannières assez glorieuses.

Rien de plus beau que le Parthénon, mais il n’est pas l’hymne qui s’échappe naturellement de notre âme ; il ne réalise pas l’image que nous nous composons d’une éternité de plaisir. Épictète disait malheureux l’homme qui meurt sans avoir gravi l’Acropole. Ah ! s’il existait un pèlerinage que Pascal nous eût ainsi recommandé comme la fleur du monde ! Je rêve d’un temple dressé par uu Phidias de notre race dans un beau lieu français, par exemple sur les collines de la Meuse à Domrémy, où ma vénération s’accorderait avec la nature et l’art, comme celle des anciens Grecs en présence du Parthénon. Des Françaises de pierre m’y attendraient, assez pareilles aux vierges champenoises des églises de Troyes et plus voisines de mon âme que les Vénus et les Minerve. Et je voudrais que sous notre ciel nuancé une cloche soudain s’ébranlât. Alors je me rappellerais mon enfance et mes morts; je me résignerais aux limites que mes expériences m’ont de toutes parts fait toucher, et je méditerais, avec une délectation triste, le désaccord que sentent les modernes entre la vie et la pensée.

Il en est pour moi de l’âme athénienne comme des montagnes et des fleuves de l’Attique : les arbres ont été coupés, la terre a glissé, l’eau s’est évaporée. Je vois l’ossature de ces belles formes et le lit de cette fraîcheur; je ne peux, en Grèce, me désaltérer ni me reposer.

Avec quel plaisir, en quittant cette Athènes fameuse, j’ai retrouvé mon aigre Lorraine ! C’était le début de l’automne, quand nos filles abritent encore sous les halettes leurs visages rudes et doux, un peu moqueurs, et que, déjà, sur nos prairies d’un vert mêlé de jaune, apparaissent les veilleuses. C’était le temps de la cueillette des mirabelles dans nos étroits vergers qu’entoure la grande paix lorraine : un doux ciel bleu pommelé de nuages, d’immenses labours que parsèment des bosquets, un horizon de molles côtes viticoles, et des routes qui fuient avec les longs peupliers chantans.

Le troisième dimanche de septembre a lieu la fête patronale de ma petite ville. Ce dimanche-là, quand le soir tombe sur les pâquis où la Moselle bruit et glisse fraîchement, toutes les cloches d’Essegney, de Charmes, de Chamagne annoncent, pour le lendemain, la messe des âmes, et dans la rue, les polissons