Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/582

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Pierre lorsque vous songerez aux dangers d’une pareille mesure. Je ne veux pas même vous les indiquer ici ; votre bon cœur et votre bon esprit ne vous les feront que trop sentir. Si Puisaye se plaint que ce soit nous qui ayons fait connaître sa démission à Chalus, nous aurons le droit d’être surpris qu’il ne la lui ait pas fait connaître lui-même, depuis plus de quatre mois qu’il l’a donnée. »

En apportant au Roi la lettre de Monsieur, le comte François d’Escars lui avait exposé la détresse financière en laquelle se trouvait ce prince à Edimbourg. La confidence ne pouvait être faite plus à propos ; une somme de deux cent mille roubles envoyée par Paul Ier venait d’arriver à Blanckenberg. Nonobstant le mécontentement que lui inspirait la conduite fin son frère, le Roi n’hésita pas à lui porter secours. En post-scriptum à la lettre qu’on vient de lire, il fit connaître à Monsieur la manière dont il comptait employer les subsides russes : « 1° cent mille roubles en dépôt pour parer à une nécessité urgente ; 2° vingt cinq mille pour payer mes différens agens, envoyer des courriers ; 3° douze mille cinq cents pour venir au secours des petits créanciers les plus nécessiteux, à secourir la misère ; 4° douze mille cinq cents pour vos enfans ; 5° vingt-cinq mille à votre ordre ; 6° vingt-cinq mille pour mon propre usage. Avec cette somme, de l’économie et quelques moyens accidentels, j’espère que nous pourrons joindre le moment où nous verrons plus clair dans nos affaires. »

Peut-être le Roi pensait-il qu’à la faveur de ce post-scriptum où se révélait sa sollicitude pour son frère, les observations qu’il avait dû faire seraient plus facilement acceptées. Malheureusement, il n’en fut rien. La réponse de Monsieur, à la date du 28 novembre, en même temps qu’elle prouve son impuissance à se contenir, fait tourner brusquement la querelle à l’état aigu. Tout le blesse et l’offense dans la conduite et les propos de son frère : la mise en demeure de ne confier son plan aux ministres anglais qu’après le lui avoir soumis, les remontrances sur le non-envoi de la lettre à Chalus, le jugement sur Puisaye et le soin qu’avait pris le Roi d’envoyer à son insu l’ancien constitutionnel Cazalès chez le ministre Windham afin de lui démontrer que Puisaye n’était pas digne de l’intérêt qu’il lui conservait. Dans l’entraînement de la colère, il prend la plume et s’explique avec une vivacité inaccoutumée sur les griefs qui lui sont imputés.