Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/583

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« Votre lettre du 30 octobre m’est parvenue le 20 de ce mois. Je l’ai lue et relue avec beaucoup d’attention. J’ai tardé à y répondre pour me défendre encore plus de l’impression qu’elle a faite sur moi. J’ai consulté mon cœur et ma raison, comme vous m’y invitez : l’un et l’autre m’ont dit également que cette lettre ne contenait, ni pour le fond, ni pour la forme, rien de tout ce que j’étais en droit d’attendre de vous.

« Je ne perdrai jamais de vue la mesure que je dois m’imposer à l’avenir, et puisque le zèle d’un frère est mal jugé par vous, jusqu’au point d’en resserrer le cercle que vous me prescrivez, je saurai désormais me renfermer dans le strict devoir du premier de vos sujets. Si vous étiez dans la plénitude de votre puissance, ou même si vous n’aviez que de légers obstacles à vaincre, je n’hésiterais pas à vous rendre, dès ce moment, les pouvoirs ! que vous m’avez donnés : ils ne peuvent plus être utiles aujourd’hui. Mais le devoir, auquel je demeurerai fidèle jusqu’à la mort, me prescrivant d’éviter autant qu’il peut dépendre de moi un éclat qui serait nuisible, je garderai le silence et je m’éloignerai sans secousse des opérations auxquelles je ne peux plus participer que par les sacrifices que l’honneur me commande.

« Je vous remercie de la somme que vous avez destinée pour moi et pour mes enfans. Je m’arrangerai pour m’en passer. Les partages faits par l’amitié sont doux à recevoir ; la classe où vous me rangez par votre lettre, ne me laisse plus la même liberté.

« Vos ordres seront transmis au prince de la Trémoïlle, et : je ne me permettrai aucune observation.

« Je n’avais formé de plan que pour me tenir prêt à seconder un mouvement général qui pourrait arriver. Mais la paix de l’Autriche, la liberté qu’elle laisse au Directoire de comprimer avec de plus grandes forces les provinces de l’Ouest et du Midi, suspend nécessairement toute mesure active. Je me bornerai donc à attendre maintenant dans le silence l’époque où, comme gentilhomme français, je pourrai acquitter ce que je dois à mon honneur et à ma gloire. »

Huit jours plus tard, comme s’il voulait atténuer l’effet de sa protestation, Monsieur reprend sa correspondance avec le Roi dans la forme habituelle. Mais il la fait précéder de cette déclaration : « Ma lettre du 28 novembre aura fait connaître à mon frère à quel point je suis affecté et blessé. C’est par sa réponse que je jugerai si ce sera désormais avec le. Roi que j’aurai à