Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/129

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Sous Louis XIV, les d’Aquin firent des fortunes plus brillantes : fils d’un rabbin d’Avignon, converti à Aquino, localité du royaume de Naples dont il prit le nom, le premier d’Aquin devint médecin ordinaire et intendant de la Dauphine ; il fut anobli en 1669. Son fils Antoine poussa plus loin : premier médecin du Roi, à quarante ans, et, du droit de sa place, « surintendant général des bains, eaux et fontaines minérales et médicinales de France, » il acheta d’un financier le comté de Jouy-en-Josas, le fit rattacher à la mouvance du Louvre, prit les armes de la ville d’Aquino, avec couronne comtale, et… les chansons ne se firent pas attendre. Mais elles n’empêchaient pas ce praticien de tirer de sa charge et des pensions qu’il y joignait, un traitement de 170 000 francs par an.

En même temps, d’Aquin établissait sa famille ; il avait fait de son frère Pierre un des médecins ordinaires du Roi, et de son autre frère un évêque de Fréjus, et il guettait pour son fils, déjà nanti de trois abbayes, quelque riche prélature. Il la voulut trop belle, malheureusement ; il sollicita de plein saut pour ce jeune homme de vingt-cinq ans l’archevêché de Tours, querella le Père de La Chaise qui recommandait un autre candidat et osa se plaindre au Roi qui, excédé, disgracia cet insatiable Esculape. En un jour, les d’Aquin disparurent, chassés comme des laquais, exilés au fond d’un trou de province, perdus à jamais pour avoir déplu.

Tels étaient, il y a deux cents ans, les princes de la médecine, on n’oserait dire de la science, car d’Aquin aussi bien que son successeur, Fagon, étaient des ânes, et nombre de leurs collègues à Versailles, au dire de contemporains illustres, étaient « moins que rien. » Ces ascensions domestiquées demeuraient toujours éphémères, fragiles, à la merci d’un caprice ; et leur caractère saillant est de n’être point proprement « médical, » mais « politique. » Elles ne proviennent pas de la capacité professionnelle du docteur, mais de la chance du courtisan.

De nos jours aussi, des médecins parviennent aux honneurs politiques ; ils occupent, par les bonnes grâces du peuple, les premières charges de l’Etat, autant que les autres citoyens et même davantage, puisque, dans un de nos derniers cabinets, se trouvaient à la fois à l’Intérieur, aux Finances et aux Travaux publics, trois ministres-médecins. Voilà de quoi Saint-Simon eût été fort choqué, lui qui louait Fagon d’être demeuré « toujours