Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/22

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partout, le dialecticien s’acheva en apôtre. Sa fougue généreuse faisait songer à un autre argumentateur apostolique, à saint Paul courant de Damas en Asie Mineure, en Grèce, multipliant les controverses et les épîtres, amenant les Gentils du dieu inconnu à son Dieu connu.

Etait-ce seulement, comme on l’a prétendu, un système éprouvé de doctrine logique et un incomparable outil de gouvernement que l’intellectuel autoritaire venait demander à l’Eglise catholique ? Nous pouvons bien soulever le voile qui cachait le mystère de cette âme : c’est honorer notre ami que de montrer dans la sienne le souci commun aux plus nobles penseurs de tous les temps, l’angoisse devant le problème de la destinée. Angoisse tragique chez ce véritable contemporain des hommes de Port-Royal. Ses préférences apparentes étaient pour Bossuet : son culte profond allait à Pascal, conseiller naturel de tous ceux que torture le dilemme du terrible pari. — « Brunetière ! avait dit jadis quelqu’un : on le trouvera un jour pendu devant un crucifix ! » De son propre aveu, il se tuait de travail pour ne pas sombrer dans l’abîme du désespoir métaphysique. Comme l’esprit, le cœur avait ses plaies, ses exigences, sa part dans la recherche douloureuse du grand remède. Serait-ce encore Pascal qui le mit sur la voie, avec son mot révélateur, vérifié une fois de plus par le dénouement de ce drame intime ? — : « Console-toi : tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais pas trouvé. »

Liber scriptus proferetur
In quo totum continetur

Tandis que la belle prose funéraire enveloppait de sa plainte î ami qui s’en allait au repos, nous songions que ce lecteur insatiable l’avait enfin découvert, le livre vainement cherché parmi tous les livres, celui qu’il avait rêvé d’écrire aux jours ardens îles jeunes ambitions, le livre où tout est contenu ! Ne l’ayant rencontré dans aucune bibliothèque, il s’était rabattu sur l’Evangile ; il y avait trouvé la quantité de lumière et la quantité d’ombre dont l’équilibre contente une raison revenue de ses folles prétentions. Il savait que toute explication de l’univers trop complète et trop claire, fût-elle parée d’une étiquette scientifique, est décevante par sa puérilité. Résigné à faire la part de l’inconnaissable dans une synthèse qui éclairait et apaisait