Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/404

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Mais ce couplet naïf, que la brise m’apporte
Avec la suggestive odeur des fenaisons,
Me les a fait revoir — roses, la mine accorte,
Alertes comme aux jours de leurs jeunes saisons.

Il me semble qu’aux sons berceurs du chant rustique,
La fée Illusion a comblé le fossé
Qui séparait le lourd présent mélancolique
Des rivages joyeux et lointains du passé.

L’homme ne vieillit pas tout entier. La mémoire
Par un fil enchanté le ramène aux matins
Où ses vingt ans, épris de tendresse et de gloire,
Vers l’inconnu marchaient, allègres et hautains ;

Et c’est encore un peu de sève printanière
Qui lui revient, ainsi qu’on garde au bout des doigts
La poussière de l’aile, un instant prisonnière,
D’un papillon d’azur envolé dans les bois…


CHANSONS DANS LES BOIS



I


Le coq chante et le ciel se dore.
Quelle est cette brune aux yeux clairs
Qui sort de l’ombre des bois verts
Et descend, pareille à l’aurore ?
Elle est plus droite qu’un roseau
Et plus fraîche qu’avril nouveau.

Elle vient s’asseoir sous un frêne
Où la rivière va coulant.
A ses bruns cheveux dont le vent
Fait courir l’odeur par la plaine,
J’ai reconnu ma mie, ô gai !
Baignant ses pieds dans l’eau du gué…