Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/405

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Maudite cent fois la rivière
Qui nous sépare, ô mon trésor !
Afin de gagner l’autre bord,
Que ne suis-je grive ou verdière ?
Je m’envolerais près de toi,
Plus fier et plus heureux qu’un roi !

Je te prendrais par ta main blanche
Et nous irions en des vergers
Pleins de jasmins et d’orangers.
Ce serait comme un beau dimanche
Où les carillons d’alentour
Sonneraient nos noces d’amour…


II


Ma belle amie est un jardin,
Un jardin d’œillets et de roses ;
La rose blanche est sur son sein,
L’œillet rougit ses lèvres closes.

Mais la fleur qui fleurit ses yeux,
Nul n’a pu la nommer encore ;
Elle vient des mystérieux
Pays où croît la mandragore.

Elle est chatoyante parfois
Comme un arc-en-ciel qui s’irise,
Verte comme la source aux bois,
Ou bleu noir comme une merise.

Dis-moi, qui t’a fait de tels yeux ?
Quel sorcier, belle entre les belles,
A mis tant de charme amoureux
Dans le velours de tes prunelles ?

Ton regard verse dans mon cœur
Un philtre de mai qui m’enivre,
Et je goûte en plein la saveur,
L’exquise volupté de vivre.