Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/406

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Je me sens devenir plus doux
Envers les hommes et les choses.
Dévotement, à deux genoux,
Je bénis la terre et les roses ;

Les roses blanches de ton sein,
Ta bouche, rose cramoisie,
Aux baisers sucrés comme un vin
D’Alicante ou de Malvoisie.

Je bénis le son de ta voix…
Dès qu’à mon oreille il arrive,
Je crois entendre au fond des bois
L’allègre chanson de la grive.

Je bénis tes yeux, clair miroir…
Lorsqu’ils s’allument sous les voiles
De tes cils soyeux, je crois voir
Un ciel où dansent les étoiles.

Je te bénis toi-même enfin,
Toi dont le cœur aux portes closes
Pour moi s’est entr’ouvert soudain,
Comme un grand jardin plein de roses !


III


Demain j’épouse ma mie !
Sa porte est toute fleurie
De muguets et de lilas ;
Déjà mon cœur qui s’abuse
Croit ouïr la cornemuse
Sonner l’aubade, là-bas.

Pour tromper l’heure trop lente,
Vers la forêt verdissante
Je m’enfuis… Dans le chemin,
Les violettes précoces
Chuchotent : « Ce sont tes noces
Qu’on célébrera demain… »