Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/437

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pêches maritimes, et Canut, directeur de la station de pisciculture de Boulogne-sur-Mer : cette commission, à qui l’on retirait d’une main les crédits qu’on lui accordait de l’autre, dut interrompre ses travaux devant l’hostilité des pêcheurs. Mieux encore que dans l’affaire du vapeur René-André, affrété en 1903 par les fabricans pour des expériences au large de Concarneau et dont les amarres furent coupées, l’équipage mis en interdit, sans que la justice recherchât les délinquans, on vit là dans quel esprit de déconcertante partialité les pouvoirs publics entendent procéder au règlement de la question sardinière : tous leurs soins tendent, non à relever cette industrie, mais à ne pas s’aliéner les pêcheurs. Aussi bien, l’enquête tourna-t-elle brusquement (1905) : un des commissaires, M. Fabre-Domergue, venait d’être expédié en Portugal et en Espagne, avec M. Potigny, pour y étudier « les modes de pêche de la sardine. » Peut-être, par ce biais, espérait-on gagner un an ou deux et donner à la sardine le temps de venir à résipiscence. C’est alors que l’Union des fabricans, en vue d’une expérience qu’elle restait seule à vouloir organiser, s’avisa de tirer parti d’un récent arrêt de la cour de Rennes qui déclarait « qu’on ne saurait de plein droit assimiler à la senne les filets ordinaires même reliés entre eux et formant sennes. » S’appuyant sur cet arrêt, l’Union s’entendit avec un de ses membres, M. Dupouy, de Saint-Guénolé, petit port finistérien qui, ainsi que Kerity, par grand hasard, n’était pas hostile à une certaine liberté du régime des pêches. Les patrons sardiniers, au début, marquèrent bien quelques craintes : l’administration de la marine n’allait-elle point leur chercher noise, si, de leurs filets attachés bout à bout, ils faisaient une senne ou un filet tournant ? On les rassura par une brève exposition de la nouvelle jurisprudence et, comme il leur demeurait une inquiétude sur les conséquences de leur initiative, les fabricans prirent l’engagement, « en cas d’abondance du poisson, d’établir un prix minimum et d’indiquer en même temps les quantités maxima que chaque usine pouvait travailler, de façon que les pêcheurs pussent s’entendre pour limiter leur pêche. »

Sur ces bases loyales, l’expérience fut tentée et elle réussit au-delà de toute espérance : certains bateaux vendirent pour 800 francs de poisson en une semaine. Résultat d’autant plus remarquable que les essais « étaient faits avec des équipages encore insuffisamment expérimentés pour l’emploi des filets tour-