Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/496

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de Plewna avait arrachée à l’obscurité séculaire où elle reposait.

Mais cette Bulgarie n’est pas une et entière : on lui a enlevé ses accès à la mer. En outre, comme tampon entre elle et Constantinople, on interpose une « Roumélie orientale, » province bulgare, elle aussi, mais restant placée « sous l’autorité politique et militaire directe du Sultan, » et jouissant seulement de « l’autonomie administrative, » — conception de diplomates, admirable sur le papier, mais, au vrai, absurde, irréalisable, inviable. En plus, il reste, disséminée dans les autres provinces européennes de l’empire, une troisième Bulgarie, — la Bulgarie asservie, — qui, pourtant, ne se croit pas plus indigne que les autres de l’attention de l’Europe. Donc, Bulgares diminués de la Bulgarie séparée, Bulgares excités de la Bulgarie autonome, Bulgares exaspérés de la Bulgarie turque… On entendra parler d’eux !

Le Congrès, et notamment l’Angleterre, poussent les précautions contre la conquête russe jusqu’à laisser au Sultan « le droit de passage pour les troupes, munitions, etc., par le sud du sandjak de Sofia. » De sorte que le Balkan demeure, théoriquement du moins, la frontière et le rempart de la Turquie. C’est à peine si le comte Schouwaloff, par une habile manœuvre diplomatique, peut arracher à l’Angleterre la concession du district de Sofia ; sans quoi, la Bulgarie eût été non seulement dédoublée, mais décapitée.

La Bulgarie n’en reste pas moins la création originale du Congrès. L’histoire enregistre le fait : une nouvelle nation est née dans les Balkans. Personnalité bien vivante, robuste et envahissante qui, avant dix ans, aura brisé ses entraves et effacé la démarcation factice établie par la diplomatie européenne entre la « Bulgarie mécontente » et la « Bulgarie satisfaite. »

L’hellénisme écarté, le slavisme ayant poussé sa pointe jusqu’aux approches de Constantinople, le germanisme réclame sa part. L’Angleterre, qui a tout fait pour comprimer les premiers, aide à l’expansion de celui-ci. Peut-être pense-t-elle qu’elle obtiendra, par l’opposition des deux forces, l’équilibre. Surtout, elle s’incline devant la volonté du prince de Bismarck. Sic volo, sic jubeo. C’est là qu’il prélèvera son « succès » et sa commission de « courtier honnête. »

Parallèlement au progrès slave en Bulgarie, le Congrès