Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/568

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aviez tant d’occasions sûres l’une et l’autre de me faire passer quelque mot, qu’un silence si absolu et si général n’a pu que m’alarmer extrêmement. Le retour de M. de la Tourrette m’a fourni le moyen d’écrire à votre maman, et je compte qu’avant que vous receviez cette lettre, elle aura déjà reçu la sienne. Mais comme je n’avais pas encore eu l’éclaircissement que la visite d’un de ces messieurs des Postes a occasionné, je n’ai pu dans cette lettre lui donner l’avis que cette voie était rouverte ; je vous prie d’y suppléer.

Je la prévenais dans la même lettre qu’ayant contracté ici des dettes pour me mettre dans mes meubles, je me voyais forcé, pour y satisfaire et pourvoir à mes besoins, de retirer l’argent qui restait entre les mains de monsieur votre frère et que j’avais compté laisser à ma femme, si j’avais pu pourvoir à notre entretien d’une autre façon. Je vous prie, si la lettre n’est pas encore parvenue, de vouloir bien prévenir monsieur votre frère de cet article et le prier de me faire passer cet argent en tout ou en partie à la Saint-Jean, en m’en prévenant d’avance par un petit mot d’avis, afin que je fasse mes arrangemens.

Hâtez-vous, chère cousine, je vous en supplie, de me tirer de l’incertitude où je suis sur votre état présent et des alarmes que me donne le silence de votre maman et de tous les vôtres. Comme vous êtes à portée d’avoir des nouvelles de ma pauvre tante, je vous prie aussi de vouloir bien m’en procurer. Vous avez bien voulu vous charger d’avoir pour elle cette année la même bonté que la précédente. Vous devez vous préparer au même embarras pour l’année prochaine, car tant que Dieu me la conservera, je me priverai plutôt du nécessaire que de laisser même arriérer jamais ce léger tribut de ma reconnaissance et de mon tendre attachement pour elle. Cela me fait penser à déduire les cent francs jusqu’à l’année prochaine, de l’argent que monsieur votre beau-frère me fera tenir, pour vous les remettre ; afin qu’ainsi ces cent francs soient tout portés. C’est de quoi vous m’obligerez de le prier de ma part.

Bonjour, chère cousine, j’attends avec impatience de vos nouvelles. Ma femme vous embrasse de tout son cœur. Bien des salutations à M. de Lessert ; j’embrasse vos chers enfans, votre bonne maman, tous les vôtres, et mon excellente cousine par-dessus tout.