Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/570

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des multitudes d’autres par les intempéries de l’air, ils seraient à chaque instant de leur vie en proie à des périls dont vous les garantirez pour toujours. Ne pouvant les rendre invulnérables, rendez-les robustes et sains. Voilà tout ce qui dépend de la sagesse humaine. Ainsi je vous exhorte à ne vous point laisser ébranler par les sots discours, dont je sens la bêtise et dont je connais la source.

Vous n’aurez pas de peine, chère cousine, à rassurer un cœur dont vous chérir et vous honorer est devenu partie de l’existence, et qui, trop effarouché par des trahisons sans exemple, avait conçu des craintes plutôt que des soupçons, et qui vous les manifestait plutôt avec l’humeur d’un enfant qui boude qu’il ne les nourrissait en secret comme un homme défiant. Vous en avez effacé jusqu’à la moindre trace, et je n’ai plus d’autre tâche à remplir sur cet article, tant envers vous qu’envers votre mère, que celle de vous faire oublier mes torts. Jusqu’à mon dernier soupir je nourrirai pour vous les mêmes sentimens que vous m’avez inspirés dès notre première connaissance, que depuis votre mariage votre conduite a si bien justifiés et qui, dans tous les temps, je le proteste, furent encore plus fondés sur votre caractère et sur vos vertus que sur votre esprit et vos charmes.

Je vous remercie, chère cousine, de la peine que vous avez prise de faire passer à ma digne tante sa petite rente ; je vous prie d’avoir la même bonté pour elle et pour moi l’année prochaine, et j’ai prévenu pour cela monsieur votre frère, qui vous remettra les cent francs. Vous m’obligerez de me donner quand vous pourrez de ses nouvelles ; je me réjouis de continuer d’en apprendre de bonnes. Puissé-je ne compter jamais parmi mes malheurs celui de lui survivre, afin qu’une famille qui s’est toujours distinguée dans sa sphère par des sentimens d’honneur ne s’éteigne que dans celle qui l’a le plus honorée !

Vous me marquez que madame votre mère n’a point reçu la lettre que j’avais remise pour elle à M. de la Tourrette. Lui-même ne m’a plus écrit depuis ce temps-là. Il y a là quelque chose qui me passe. La lettre de votre maman de même date que la vôtre ne m’est parvenue que douze jours après. Je trouve plaisant que vous ayez affranchi la vôtre. Croyez-vous que c’est de vos lettres que le port me coûte à payer ?

Donnez-moi de vos nouvelles et tirez-moi tout à fait