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d’inquiétude sur votre enfant. Mes salutations à M. de Lessert. Recevez celles de votre ami et de sa femme, qui n’oubliera jamais vos bontés pour elle.

[A Madame de Lessert, à Lyon.)

A Paris, 20 octobre 1771.

J’ai déjà relu bien des fois, chère cousine, votre dernière lettre : elle fait couler dans mon âme toute la sérénité de la vôtre ; vous me peignez votre bonheur de manière à m’en faire jouir, je vous vois au milieu de vos enfans goûtant tous les plaisirs attachés aux devoirs de mère, et je crois en les partageant retrouver tout ce que j’ai perdu. C’est bien de vous, cousine, qu’on peut dire que vous écrivez comme un ange, et j’en sais bien la raison. Je me suis bien douté que quand la cuisse de votre aîné serait parfaitement remise, il resterait encore chose à réparer. Mais à son âge et avec votre vigilance, je suis sûr que tout se remettra bientôt également, et qu’il ne boitera ni de l’esprit, ni du corps. Cependant, j’approuve fort que sentant à votre faible, vous redoubliez d’attention sur vous-même et qu’en tout ce que la raison demande vous songiez toujours que vos enfans jouiront quelques instans de vos complaisances et toute leur vie de vos refus.

Vous aviez bien raison de penser à moi chez la maman : combien de fois mon cœur se transporte au milieu d’une société si charmante et qui m’est si chère ! combien de fois, dans mes promenades solitaires, je transporte avec moi ma cousine dans ce monde idéal dont je m’entoure et que je peuple d’êtres selon mon cœur [1] ! J’avoue même que tante Julie y tient bien aussi quelquefois sa place et n’y gâte rien.

Vous me transportez en m’apprenant que mon verbiage de corolles et de plantes ne vous a pas trop ennuyée, et que déjà notre petite botaniste s’en occupe [2]. Tant que cela ne l’ennuiera pas, nous continuerons, et je me propose de vous envoyer une seconde lettre sur la même matière avec celle-ci [3], et de

  1. La même expression se trouve déjà dans la troisième lettre à Malesherbes. Montmorency, 26 janvier 1762.
  2. La première des Lettres sur la Botanique, adressées à Mme de Lessert, est du 22 août 1771.
  3. La deuxième Lettre sur la Botanique est effectivement datée du 18 octobre 1771, soit de deux jours avant celle-ci.