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A Madame de Lessert, née Boy de la Tour, à Lyon.

Paris, 21 janvier 1774.

Voilà, chère cousine, de terribles nouvelles auxquelles je ne m’attendais guères, après les bonnes qu’on m’avait successivement données et de vous et de toute votre famille. J’aime à me livrer au soin que vous prenez de me faire envisager vos alarmes comme passées, surtout à l’égard de vos chères sœurs, que je dois supposer entièrement rétablies sans en sentir moins toutes les peines qu’ont dû souffrir et toutes les fatigues qu’ont dû supporter à cette occasion une sœur comme vous et une maman comme la leur. Mais il me reste à l’égard de vos enfans une inquiétude que vous seule pouvez dissiper, puisqu’ils n’étaient encore ni l’un ni l’autre, quand vous m’avez écrit, en pleine convalescence. Ce n’est que quand je les y saurai que je puis être tranquille, et l’état d’incertitude m’est si contraire en toute chose intéressante, que de mauvaises nouvelles, en m’affligeant davantage, me troubleraient pourtant moins. Veuillez donc, chère cousine, me faire passer un mot sur l’état présent des choses : il n’est point nécessaire qu’au milieu de vos tracas vous preniez la peine d’écrire vous-même, et je vous prie de n’en rien faire. Deux lignes en forme de bulletin, écrites par un de vos commis, suffiront pour ce moment. Je ne veux que savoir l’état des choses tant qu’il restera du mieux à désirer ; après cela, nous nous écrirons plus tranquillement.

Je vous conjure de penser sans cesse que ce qui pourrait arriver de plus funeste à vos enfans serait que le soin de leur santé pris avec excès nuisît à la vôtre. Je mets donc votre zèle sous la garde de votre prudence, et j’attends avec impatience un mot de votre part.

Je fais bien des remerciemens à M. de Lessert de la peine qu’il a prise d’aller voir ma tante Gonceru, et j’accepte avec reconnaissance les nouvelles plus récentes que vous m’en faites encore espérer.

Recommandez aux charmantes convalescentes les ménagemens que demande leur état pour ne pas s’exposer aux rechutes, et dites à leur excellente maman, en lui faisant mes plus tendres salutations, que je me sens encore affecté de ses peines passées comme si j’en avais été le témoin. Quand elle n’aurait eu que la