Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/589

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bien aise qu’elle voie que j’aime le travail aussi bien qu’elle, et que je m’occupais aussi d’elle tandis qu’elle s’occupait de nous. Ce petit herbier devait être divisé en deux cahiers, même en quatre pour plus de commodité. Mais on a cousu la peau qui doit soutenir les ardillons des boucles trop près du bout du lien ; et afin que ce lien ne fût pas déchiré par la boucle, il a fallu rendre le contenu plus épais et tout mettre en un seul cahier. Vous y trouverez les cartons du second et quelques feuilles du mémo papier pour y coller d’autres plantes à mesure que vous en trouverez dans la campagne que vous vouliez conserver [1].

Vous pourrez continuer cet herbier autant qu’il vous plaira, dans la même forme, avec des cartons semblables ; car il faudra absolument le diviser en plusieurs cahiers pour le rendre commode à feuilleter, et continuant l’ordre alphabétique que j’ai commencé, vous aurez soin de marquer sur chaque cahier la première et la dernière lettre de la portion d’alphabet qu’il contient. De cette manière, vous pourrez trouver tout d’un coup la plante que vous cherchez en n’ouvrant que le cahier où elle est contenue. Sur la feuille qui contient chaque plante, j’ai écrit premièrement le nom de Linnaeus, puis un nom français ou connu ou tiré de quelque auteur, et enfin, comme vous le désirez, le nom de la famille, autant que cela s’est pu faire ; car cette chaîne n’est pas encore si bien débrouillée que toutes les plantes sans exception puissent se rapporter à une famille bien déterminée, et il y a bien des familles qu’on ne distingue encore que par des caractères plus arbitraires que naturels. Au reste, j’ai bien fait de vous proposer d’avance la nomenclature de Linnaeus ; car cette nomenclature vient, comme je l’avais prévu, d’être adoptée ici au Jardin du Roi, et dans peu d’années on n’en connaîtra plus d’autre en France, non plus que dans le reste de l’Europe.

Mais voilà beaucoup de botanique. Permettez que je renvoie à une autre fois votre objection sur les arbres fruitiers dont les jardiniers et cultivateurs prennent les variétés pour autant d’espèces, parce qu’ils les distinguent les unes des autres non seulement au fruit, mais au feuillage et au bois. Sur ce pied là,

  1. Cet herbier a été précieusement conservé. Il se compose de 180 plantes environ, renfermées dans une boite en acajou. Chaque échantillon est fixé par de petites brides de papier doré, sur des feuilles encadrées d’un filet rouge. Rousseau a inscrit le nom de chaque plante en français et en latin.