Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/592

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obtenir jusques à cet âge par des études forcées que le goût n’anime jamais. De ces principes qui me paraissent confirmés pas l’expérience, je conclus que ce ne sont point du tout des talons distingués ni des qualités brillantes qu’il faut chercher dans le mentor [1]de vos enfans, mais seulement celles qui rendent un homme maître de lui-même et fidèle à son devoir. Qu’il soit doux, attentif et surtout d’une patience invincible. Voilà les qualités indispensables. Du reste, ne cherchez nullement qu’il fasse admirer sa faconde, ni qu’il soit un beau péroreur.

Je vous épargnerais ces redites triviales de choses que vous savez mieux que moi, si je ne savais combien les meilleurs esprits ont peine à se garantir de la nuisible tentation de faire briller dans leurs enfans des talens précoces [2]. Au reste, ce n’est que des garçons que j’entends parler ici, et je ne désapprouve point que vous cultiviez de bonne heure les heureuses dispositions de votre fille, puisqu’ainsi le veut la nature, qui donne à son sexe une pénétration plus vive et plus prompte qu’au nôtre, et la raison, qui veut qu’il soit soumis de bonne heure au joug sévère qu’il doit porter un jour.

« Vous m’aviez promis, m’écrivez-vous, de m’avertir quand le public recevrait de vos ouvrages : on parle beaucoup d’une traduction du Tasse qui a paru il y a quelques mois, et qui est certainement, dit-on, de vous. Veuillez m’en dire la vérité. » Mais, chère cousine, il me semble que votre première ligne servait de réponse à votre question et n’en demandait aucune autre. La vérité que vous me demandez est que cette belle traduction, qui, dit-on, est certainement de moi, n’en est point du tout. Je n’ai pas même assez d’humilité pour croire que personne puisse de bonne foi m’attribuer une pareille production, et je ne doute point que ceux qui me l’attribuent ne l’aient fait faire exprès pour cela tout aussi mauvaise qu’ils ont pu, par quelque cuistre de collège qui ne savait ni le français ni l’italien. Je vous réponds au reste que si j’avais à reprendre la plume que j’ai quittée depuis dix ans, ce ne serait pas pour donner au public des traductions.

Quant à l’opéra dont vous me parlez, c’est autre chose. Je n’ai que deux récréations, la promenade et la musique. Parmi la

  1. M. Flourens a lu maître : Rousseau a écrit mentor.
  2. Ici finit la citation faite par M. Flourens.