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Une princesse conspiratrice sous la Régence


I

Le 13 janvier 1719, l’antique château de Dijon [1], cette sombre vigie bourguignonne bâtie par Louis XI, lors de la réunion de « la Duché » et transformée en prison d’Etat après la Fronde, fut réveillé de soixante-dix ans de silence par un mouvement inaccoutumé. Dans la froide journée hivernale, l’un des ponts-levis s’abaissa, et la porte Sud livra passage à un carrosse escorté de chevau-légers. Il amenait un prisonnier d’Etat qui, à en juger par l’appareil militaire dont on l’avait entouré, devait être un personnage d’importance. Quand le carrosse s’ouvrit, ce fut une femme qui en sortit, une princesse du sang : la belle-fille de Louis XIV, la fille de feu M. le prince Henri-Jules, la petite-fille du grand Condé, la propre tante de M. le Duc, gouverneur actuel de la Bourgogne, la duchesse du Maine enfin ! Pourquoi échouait-elle à ce triste port de refuge ? Pour avoir conspiré contre la sûreté de l’Etat ! Il y avait, « dans ce corps de myrmidon, dans cet extrait du grand Condé, comme le dit un critique, des étincelles de la même fureur civile. » Ne fit-elle pas venir

  1. Il fut rasé il y a un vingtaine d’années, par le caprice d’une municipalité avide d’effacer jusqu’à la trace d’un monument féodal. L’archéologie et l’histoire y ont perdu, les sociétés savantes le déplorent. Il n’en reste que quelques dessins et un plan conservé aux Archives de la ville de Dijon. Il n’était pas sans intérêt cependant, ayant servi de fortification au moyen âge et de bastille ensuite, ayant subi des sièges et abrité à différentes époques des détenus politiques.