Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/622

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grands cris. Elle lui faisait passer des billets où elle accusait très injustement le duc du Maine, tandis que le pauvre époux, plus victime que coupable, gémissait, mais avec résignation chrétienne, dans sa prison de Picardie.

Sans resserrer davantage la captivité de la prisonnière, le gouvernement prenait ses sûretés à l’égard d’une personne si remuante. Une seconde dame d’honneur, Mlle Desforges, envoyée de Paris, fut fouillée à son arrivée à Dijon. Une voiture de meubles et de hardes étant expédiée à l’adresse de la Duchesse, « l’ordre du Régent fut de faire visiter exactement le tout et de faire principalement feuilleter les livres, pour y rechercher les papiers suspects. » Le ministre épiait jusqu’aux lectures. « Il n’y aura pas grand inconvénient à lui laisser lire la Gazette de Paris ; à l’égard de celle de Hollande, vous ferez bien de ne pas la lui donner. Vous pouvez lui dire qu’on ne la reçoit pas à Dijon. » Son médecin Seron et son dentiste Landumier furent autorisés à soigner leur cliente, « mais à la condition d’être internés eux-mêmes au château sans pouvoir passer aucune lettre. » Pour le confesseur, l’ordre était de ne proposer qu’un prêtre sûr, incapable d’intrigue. Les missives de la Duchesse, écrites en présence de son gardien, passaient sous les yeux du Régent, avant d’arriver à destination. M. le Duc prit soin lui-même d’accréditer auprès de Desgranges, comme suppléant éventuel, un commandant en second, M. de Valibouze, capitaine au régiment royal.

Pour répondre aux lamentations de Mme du Maine dont Le Blanc recevait l’écho : « Il me paraît, mandait-il le 12 février 1719, au commandant Desgranges, qu’on ne saurait rien ajouter aux attentions… aux commodités qu’a pu permettre la disposition de l’appartement… mais, quelque chose qu’on fasse, tant qu’elle sera dans le château de Dijon, il ne sera pas possible de rendre Son Altesse Sérénissime contente. » Hélas ! un prisonnier aime-t-il jamais son séjour ? Tout dévoué à M. le Duc, Desgranges faisait « veiller » Mme du Maine ; il avait constamment l’œil sur elle et sur ses femmes de service. On redoutait surtout qu’elle pût rassembler une somme assez considérable pour suborner les troupes préposées à sa garde. Il est vrai qu’au dehors, on se préoccupait de préparer son évasion. Un jour, un ami dévoué du duc du Maine, M. d’Affry, colonel des gardes suisses, passe par Dijon, en rentrant de Genève, et y