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inconvéniens d’une telle démarche, « voulant savoir avant tout si les personnes engagées avec elle s’étaient dénoncées elles-mêmes. »

Le ministre Le Blanc chargea La Billarderie de laisser entendre à l’exilée de Chamlay qu’elle obtiendrait son entière liberté et celle de ses adhérens, par une déclaration de leur part ou par la sienne propre, « si elle voulait donner, par écrit, un détail exact et sincère, qui ne serait vu que de lui-même. »


VI

Comme pour l’inciter à céder à cette pression insidieuse, on avisait Mme du Maine que Laval et Malézieux avaient parlé. Elle surmonta alors ses dernières répugnances à s’expliquer. A peine entrée dans cette voie, pour affirmer sa sincérité, elle donna tout le détail de ses machinations plus audacieuses que réfléchies. De Paris, en langage chiffré, Mme la Princesse guidait les aveux de sa fille, d’après les révélations antérieures de ses complices. A certaines phrases convenues, dans la correspondance, était attaché un sens secret. L’une de ces phrases voulait dire par exemple : « Laval ou Malézieux a avoué. » Une autre : « Il n’a rien dit…, » etc. De tout cela, Mme du Maine fit sortir une déclaration en règle. Elle y parlait de son honneur, « infiniment plus précieux que ses intérêts ; » mais, en même temps, craignant de plus graves suites pour son affaire, elle livrait détails et circonstances. Elle mettait dans ses rares aveux moins d’artifice que de faiblesse. Elle avouait de son propre mouvement qu’un parti s’était formé pour elle en Bretagne, au risque d’envoyer à l’échafaud les partisans qui auraient eu son secret.

Cette fois, elle ne fait plus difficulté de déclarer que le projet d’Espagne est véritable. Elle nomme ses complices, en commençant par s’accuser elle-même, et en laissant percer l’incohérence de certaines lignes du plan de conspiration. Elle dit la vérité, en femme impatiente de recouvrer sa liberté, et qui, tout occupée de son propre sort, s’inquiète moins du reste. Tous ceux qui ont tenu les fils de sa trame passent dans sa Déclaration, et cette trame va se dévider sous les yeux investigateurs de Dubois et de ses policiers.

La moindre pudeur exige cependant que la Duchesse s’occupe du sort de ses complices et que le duc du Maine soit disculpé.