Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/646

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ont été remplacés par des cipayes. Puis nous entrons dans le Fort, c’est-à-dire la ville indigène, avec ses rues étroites, sa multitude bronzée, ses maisons serrées, ses bazars bourdonnans, massés au pied du Grand Roc qui lève au-dessus des toits sa tête couronnée d’un temple et les domine de 80 mètres.

Le cheval, secouant son collier, s’arrête devant une grande porte que surmonte une croix. Je traverse, une cour, on me dirige vers un vaste cloître à arcatures, et là, assis dans un grand fauteuil de rotin, le supérieur me souhaite la bienvenue. C’est un vieillard de haute taille, et sa longue barbe blanche augmente la gravité et le sérieux de sa personne. Il me fait avancer un siège, me regarde dans les yeux et me dit, simplement, après avoir lu la lettre du collecteur : « Nous vous attendions. Je vais appeler le Père Castets. »

Le Père Castets ! Mais je ne connais que lui ! Et sans l’avoir vu, encore ! Les collections zoologiques qu’il expédie, depuis des années, à nos correspondans, sont connues de tout le monde savant. A mille lieues de la France, je me trouve ici chez moi !

Et le Révérend Père Castets paraît. Le supérieur me remet entre ses mains et me congédie avec une courtoisie sans morgue. Rarement ai-je rencontré simplicité plus tranquille. Le Révérend Père Castets me propose aussitôt de visiter le laboratoire de physique, le cabinet d’histoire naturelle du Collège : « Un instant, mon Révérend Père, s’il vous plaît ! Il est temps pour tout. Ne vaudrait-il pas mieux nous rendre, avant que le soleil nous écrase, aux temples de Sriringam et au Roc ? Du haut de ce Roc fameux je verrai se dérouler le champ de bataille où Clive et Lawrence vainquirent les troupes de Dupleix et de ses alliés hindous. Je verrai de mes yeux le Bois du Derviche, le Pain de Sucre, la Roche d’Or, tous lieux que je connais seulement par ouï-dire ! Profitons de la matinée. Et, après, quand le soleil au zénith nous criblera de ses traits, je visiterai le Collège en profitant de son ombre : rien ne vaut la fraîcheur quand on veut tout examiner en détail. Vous voyez un homme sur ses fins et à qui les médecins ont commandé la prudence. Partons pour l’île de Sriringam ! Voyez, j’ai une bonne voiture et un grand cheval ! »

Mon orgueil fut puni sans retard. Nous n’avions pas encore parcouru les espaces dénudés qui séparent le Collège des grèves arides de la rivière Cavery, que mon cheval fantôme butta, se releva, retomba, brisant les deux brancards. Puis il demeura