Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/717

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d’Algésiras n’aurait pas été à cet égard aussi explicite qu’elle l’a été, l’histoire et la géographie y auraient suppléé : ce sont des forces qu’on n’a pas l’habitude d’ignorer en Allemagne. La France et l’Espagne étant les proches voisines du Maroc et ayant eu avec lui les rapports historiques que tout le monde connaît, rien ne saurait les empêcher de prendre aux affaires de ce pays un intérêt plus grand que les autres puissances. Elles ne pourraient s’en abstenir sans s’exposer aux plus graves dangers, dangers qui n’existent ni pour l’Allemagne, ni pour l’Autriche, ni pour la Russie, ni pour personne. Quand on nous oppose ici les décisions d’Algésiras, on en exagère singulièrement la portée. Toutes les puissances représentées à Algésiras ont consenti à être mises au Maroc sur le même pied dans la concurrence économique : rien de moins sans doute, mais rien de plus. Nous avons déclaré alors et depuis, avec une absolue franchise, que nous n’avions au Maroc aucune intention de conquête, ou même de protectorat, et que nous étions résolus à respecter son indépendance et son intégrité ; mais de là à reconnaître que nos intérêts étaient les mêmes que ceux de la Hollande, ou de la Belgique, ou de la Suède, il y a loin, et nous n’avons jamais énoncé, ni admis une pareille absurdité. Comment même accepterions-nous l’égalité de nos intérêts avec ceux de l’Allemagne, puisque le gouvernement impérial a répété, à maintes reprises, que les siens étaient purement commerciaux ? Assurément, nous ne pourrions pas dire la même chose des nôtres. Nous ménageons, nous respectons les intérêts de l’Allemagne, nous sommes même disposés à faire des sacrifices à ses prétentions en vue des intérêts généraux de la politique européenne, et parce que nous croyons à l’utilité de mettre en face du Maroc une Europe unie. Mais Moulaï Hafid, qu’on dit intelligent, le serait bien peu si, regardant au Nord, à l’Est et au Sud de son Empire et considérant le caractère franco-espagnol du régime de police qui a été imposé à ses ports de mer, il croyait que la France et l’Espagne sont pour lui des unités politiques égales aux autres, — et surtout s’il tirait cette conséquence du fait que le papier définitivement rédigé par les puissances lui sera remis par une sorte de messager impersonnel. Puisque cette manière de procéder lui fait plaisir, nous aurions grand tort de contrarier l’Allemagne pour si peu, et de revendiquer le droit, auquel nous n’avions d’ailleurs jamais songé, de faire un geste aussi indifférent. Si on ne nous demande jamais que des concessions de ce genre, nous les accorderons toujours en souriant.

Nous avons reçu nous-mêmes, depuis quelques jours, beaucoup