Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/718

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de sourires de Berlin et nous y avons été très sensibles. Il était impossible de se montrer plus accueillans que ne l’ont fait tous les représentans du gouvernement allemand à l’égard des divers congrès qui viennent de se réunir dans la capitale de l’Empire et où nos nationaux occupaient une large place. Le ministre des Affaires étrangères, le chancelier de l’Empire, l’Empereur lui-même ont fait assaut d’amabilité. M. de Bülow et M. de Schœn n’ont eu qu’à s’abandonner à leur bonne grâce et à leur esprit naturels : ceux qui les ont connus autrefois à Paris en ont conservé le souvenir toujours présent. Et pour ce qui est de l’empereur Guillaume, on sait qu’il est passé maître dans l’art de parler et d’écrire : ses moindres télégrammes ont le relief d’une médaille. Le congrès interparlementaire avait amené à Berlin le doyen des pacifistes, le vénérable M. Frédéric Passy, pour lequel M. de Bülow a eu des paroles pleines de sympathie. En écoutant le chancelier de l’Empire, on aurait presque pu le prendre, lui aussi, pour un pacifiste, bien qu’il se contente d’être pacifique, et c’est tout ce que nous lui demandons. La véritable doctrine du gouvernement impérial en cette matière a inspiré ses représentans à la dernière conférence de La Haye : elle a différé sensiblement de celle que les congressistes de Berlin ont exprimée dans des vœux généreux. Espérons que le temps fera son œuvre et que ces vœux seront un jour réalisés : gardons-nous de croire qu’ils le sont déjà, ou même qu’ils sont sur le point de l’être, et de nous abandonner à de trompeuses illusions. Mais c’est surtout en parlant, en causant avec les journalistes, réunis aussi en congrès international, que M. de Bülow s’est abandonné aux heureuses inspirations de son esprit et de sa verve. Il leur a raconté qu’il avait failli, un jour que les progrès de sa carrière lui semblaient trop lents, jeter aux orties l’uniforme de diplomate et entrer dans leur corporation. L’Empire d’Allemagne y aurait grandement perdu ; mais combien la presse n’y aurait-elle pas gagné ! M. de Bülow a donné les meilleurs conseils à nos confrères. « Que voulez-vous, leur a-t-il dit, nous ne pouvons faire autrement que de vivre dans ce monde les uns avec les autres, les uns à côté des autres. Vous l’avez reconnu vous-mêmes en vous réunissant à ce congrès international, où vous ne pouvez vous passer de la bonne volonté réciproque. Prenez ceci comme le modèle et l’image des relations et de la vie commune des peuples. Les peuples également, dans leurs rapports internationaux, ne peuvent se passer de la bonne volonté et de l’esprit de conciliation, d’une bonne entente réciproque et d’un accommodement amical : Maintenant, messieurs, songez pour quelle