Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/780

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polonais ou finlandais qui se trouvent à Paris on sur d’autres points du royaume, qu’ils aient à quitter le territoire français. Un terme de huit jours est fixé à cet effet à ceux qui se trouvent dans la capitale de la France. Quant à ceux qui sont dans les provinces, ils auront à se conformer à cet ordre de Sa Majesté l’Empereur dans le plus bref délai possible. Quiconque chercherait à s’y soustraire, encourra toute la responsabilité de sa conduite. » Ces prescriptions devaient produire sur l’ambassadeur un effet foudroyant. L’expulsion des sujets russes ne pouvait échapper à la connaissance des autorités françaises et à celle de la presse. Tous les Français n’auraient pas manqué d’interpréter cette mesure comme un premier pas vers des hostilités déclarées. La mobilisation de l’armée française en aurait été la conséquence et une rupture entre la Russie et la France se serait produite immédiatement. On se demande en outre par quels moyens l’ambassadeur de Russie aurait pu expulser du territoire français les sujets russes. Il ne connaissait pas le lieu de leur résidence et n’était pas en mesure de les contraindre à regagner la frontière.

Les instructions de son gouvernement plaçaient l’ambassadeur dans une situation très critique. A la vérité, on n’exigeait pas de lui qu’il quittât Paris avec le personnel de l’ambassade. Mais il devait s’attendre d’un jour à l’autre à recevoir un ordre de cette nature. En effet, dans une dépêche du 8/20 août 1830, le ministre des Affaires étrangères lui communiquait des instructions supplémentaires catégoriques. L’Empereur, écrivait le comte Nesselrode, n’a pas encore pris la résolution de rappeler formellement son ambassadeur de Paris. Il désire agir de concert avec les autres puissances alliées. « Mais Sa Majesté Impériale », — poursuit le vice-chancelier, — « s’en remet à votre jugement éclairé. Vous vous réglerez sur les circonstances et observerez scrupuleusement de ne point prolonger votre séjour en France au-delà de ce que pourrait admettre la dignité de notre Auguste Maître… Du moment donc où vous croiriez que votre présence serait considérée comme une approbation tacite du nouvel ordre de choses, ou que la révolution amenât des circonstances dont vous ne sauriez rester spectateur sans compromettre votre caractère de représentant de l’Empereur, vous quitterez le pays avec les personnes attachées à l’ambassade et vous vous rendrez à l’endroit où vous serez le plus à même