Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/845

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le lui délivra ; puis, à Calais, au moment où il s’embarquait, on l’arrêta parce que, sans doute, on espérait trouver sur lui des lettres de Moreau à Pichegru. On n’en trouva pas. Il n’en fut pas moins gardé prisonnier, ramené à Paris et incarcéré au Temple. Il y était depuis un an lorsque fut découvert le complot Cadoudal, dans lequel on l’impliqua en même temps que Moreau.

Voici du reste comment, dans ses notes de défense, le général explique ses relations avec lui et répond en même temps à Rolland et à Lajolais qui, en dénonçant ses entrevues avec Pichegru, les ont dénaturées pour établir qu’ils ont conspiré ensemble.

« Mes lettres à David et celles qu’il m’a écrites n’ont jamais parlé que de la radiation de Pichegru et on pouvait la désirer, puisqu’il était le seul fructidorisé non rentré ; que les autres étaient même ou consuls, ou ministres, ou sénateurs. Et puis les chefs de l’armée de Condé étaient rentrés six mois après que je les avais défaits en Allemagne. Je ne vois pas pourquoi Pichegru ne serait pas également rentré.

« Je n’ai jamais eu également avec Lajolais d’autres sujets de conversation. Quand il est venu, l’été passé, me prier de le faire employer, il me demanda de l’argent pour retourner en Alsace. Je le lui refusai. L’hiver dernier, il vint me demander un rendez-vous avec Pichegru, que je refusai, et il l’amena une fois chez moi, accompagné de Concheri, sans m’en avoir prévenu. C’est la première fois que j’ai vu Pichegru. La seconde fois, il m’avait fait demander un rendez-vous par Rolland, en disant qu’il avait quelque chose de très important à me dire. Je refusai le rendez-vous. Je dis à mon secrétaire Fresnières de savoir de Rolland ce que voulait Pichegru. Le soir ou le lendemain, je ne me le rappelle plus, celui-ci vint seul chez moi. Sans me faire de proposition, il me parla de l’état de la France et, nos opinions s’étant trouvées très différentes, il s’en alla très mécontent : Lajolais et Rolland le disent également. C’est le lendemain ou deux jours après, que ce même Rolland est venu me demander si je persistais dans l’opinion que j’avais manifestée à Pichegru : alors, il me demanda et me fit entendre qu’il croyait que je pensais à moi. Je n’ai plus entendu parler de ces gens depuis.

« Dans mon interrogatoire du Grand Juge, j’ai dit qu’il y a environ six mois, vers la fin de l’automne, mon secrétaire me dit qu’un jeune homme, qu’il avait connu à Rennes, mais dont il