Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/850

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qu’il faisait passer à sa femme. On trouve là, sous une forme inédite et en des conditions qui ne permettent pas de mettre en doute la sincérité du fond, les argumens qu’il développa devant ses juges et que le compte rendu officiel, imprimé par ordre du gouvernement, ne reproduit pas toujours avec exactitude et fidélité.

Voici d’abord le résumé des discussions qui s’étaient engagées entre lui et ses accusateurs devant le juge d’instruction, tel qu’il l’envoyait à Mme Moreau, en même temps qu’une copie de sa lettre à Bonaparte, afin qu’elle remît le tout à l’avocat Bonnet, auquel sa famille et lui-même voulaient confier sa défense.

« Je joins ici la lettre au Premier Consul : j’ajouterai quelques renseignemens aux faits. Quelle lenteur ! Après avoir parlé de confrontations, les seuls accusés à qui j’aie été confronté sont Lajolais, Concheri et Rolland.

« Lajolais dépose qu’il est venu, l’année passée, me voir à Paris de la part de Pichegru, que je lui ai témoigné le désir de voir celui-ci, et que, d’après cela, ils sont arrivés à Paris, qu’il m’a donné un rendez-vous que je n’ai accepté que quatre jours après, que j’y ai été, qu’ensuite il a mené Pichegru chez moi.

« J’ai répondu qu’à la vérité, Lajolais était venu, il y a un an, me prier de la part de Pichegru de le faire employer : que je lui avais dit n’en avoir pas la possibilité ; qu’il m’avait ensuite demandé de l’argent pour retourner en Allemagne, que je le lui avais refusé ; que je ne lui ai jamais témoigné que le désir de voir Pichegru rayé de la liste des émigrés, mais jamais de le voir, autrement ; qu’il est venu, il y a quelques mois, me dire que Pichegru était à Paris, qu’il m’a proposé quelques rendez-vous que j’ai refusés ; qu’il l’a mené chez moi, un soir, à sept heures, sans que je l’attende ; que nous avons passé quelques momens ensemble, et que, le lendemain, Lajolais était venu mo demander d’autres rendez-vous que j’avais refusés, en le priant de ne plus revenir chez moi.

« Lajolais dépose ensuite que Pichegru est venu une autre fois chez moi avec mon secrétaire. J’ai répondu que je n’en savais rien. J’ai ajouté que Lajolais, ayant été détenu pendant deux ans, d’après mes rapports au gouvernement, sa déposition était inspirée par un esprit de vengeance.

« Concheri dépose qu’il est venu un soir chez moi avec Lajolais et Pichegru ; que ce dernier est resté un quart d’heure