Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/860

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L’armée dite d’Italie, forte à peine de vingt mille hommes, occupait une étendue de vingt-cinq lieues. Son état était lamentable. Les victoires de l’ennemi l’avait coupée en trois tronçons. Celle dite de Naples était à deux cents lieues de là et, en admettant qu’elle pût rejoindre, il fallait tenir jusqu’à ce qu’elle arrivât. « Quarante mille Piémontais insurgés nous coupaient toute retraite et toute communication avec la France. Soixante mille Russes et Autrichiens nous suivaient. Nos commandans de place, épouvantés ou achetés, se rendaient sans tirer un coup de fusil : celui du fort de Céva, qui gardait le seul chemin par où je pusse descendre à Gênes, se rendit à des paysans. La jonction avec l’armée de Naples devenait presque impossible. »

C’est à cette situation inextricable que Moreau devait remédier, et il a raison quand il déclare « qu’il fallait être fou ou dévoué au-delà de toute expression pour accepter pareille charge. » Cependant, il ne balance pas. Voulant, avant tout, réunir les débris de l’armée d’Italie, il se précipite, avec ce qu’il a sous la main, au milieu de l’ennemi. Son escorte est taillée en pièces. Mais il parvient à rassembler sur le terrain un corps de dix-huit mille hommes avec lequel, après avoir envoyé à l’armée de Naples l’ordre de revenir, il descend vers Gênes en se frayant à travers les Apennins, au prix « de combats et de travaux inouïs, » une route nouvelle.

Arrivé à Gênes, il poursuit sa marche sur Tortone où il a donné rendez-vous à l’armée de Naples. Leur jonction est retardée par suite de la défaite que subit cette armée à la Trebia, où elle a trouvé devant elle Souvarof. Mais Moreau, le même jour, met en déroute les Autrichiens qui veulent lui disputer le passage, et la jonction des Français s’opère la semaine suivante sur la rivière de Gênes.

« Le gouvernement envoya le général Joubert pour me remplacer, écrit Moreau en finissant son récit, et je dus être envoyé au Danube. L’événement de la bataille de Novi me retint encore en Italie jusqu’en vendémiaire. » Lorsqu’on se rappelle ce que fut son rôle durant cette tragique journée de Novi et comment, Joubert tué, il sauva une fois de plus l’armée dont il avait dû reprendre le commandement, on ne peut qu’admirer le laconisme et la modestie avec lesquels il en parle.

Sa relation ne nous dit rien de ses campagnes postérieures à Brumaire, de cette course victorieuse en Allemagne,