Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/880

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La nature supérieure de Lohengrin se marque dès son arrivée au milieu de l’assemblée guerrière présidée par le Roi, où va se livrer le combat qui décidera du sort d’Elsa. Elle se trahit dans son « adieu au cygne aimé » qui l’a amené. Dans cette mélodie passe, comme un soupir, la félicité céleste déjà voilée de mélancolie terrestre, l’atmosphère des régions sublimes d’où il descend pour remplir son message. La hauteur de l’initié se dessine mieux encore dans la fière défense qu’il adresse à sa protégée : « Jamais ne m’interroge, ni ne cherche à savoir le pays d’où je viens, ni mon nom, ni ma race ! » Mais lorsque Elsa se jette à ses pieds, dans un élan de foi et d’amour, quel éclair de joie, quelle tendresse passionnée dans le cri de Lohengrin : « Elsa, je t’aime ! » Puis, quand Lohengrin reparaît en ce même endroit pour répondre à la question fatale de sa femme, quand il révèle son origine, quand il parle de son père et des mystères du Graal, le héros initié se dévoile tout entier. Une lumière surnaturelle sort de sa parole et la splendeur fulgurante du temple de Monsalvat éclate autour de lui par la puissance de l’orchestre. Nous avons la sensation d’une révélation foudroyante. Cette lumière, qui s’étend autour du chevalier du Graal en cercles grandissans et qui sort de son verbe, le met à part du peuple en armes qui l’environne, du Roi, d’Elsa, de tous. Elle l’isole en l’élevant. Forcé par la question de sa femme, il en a trop dit. On sent que désormais il ne peut plus rester dans ce monde-là. Le charme est rompu ; la puissance qui devait agir sous le voile du mystère est brisée. Il faut qu’il rentre dans la solitude de Montsalvat auprès de ses égaux.

Si la fermeté de Lohengrin représente, dans ce drame, l’action de l’initié dans le monde, l’aimante et flottante Elsa représente admirablement l’âme humaine dans son aspiration à la vérité. Vraie fille d’Eve, sœur charmante de Psyché, curieuse et songeuse, elle a eu la force de pressentir son sauveur et de l’attirer. D’avance, elle a vu son chevalier dans son rêve, mais, quand il vient, elle n’a pas la force de le retenir. Sa foi est intermittente. Elle oscille entre l’extase et la crainte. Sous les insinuations perfides d’Ortrude, génie de la haine et de l’envie, elle a laissé le soupçon s’insinuer dans son cœur. En peu de traits, mais d’une main sûre, le poète nous montre comment le poison du doute et de la curiosité s’infiltre dans ses plus purs sentimens. Elle voudrait connaître le nom du héros pour avoir un