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peut que m’y fortifier, quoique souvent je désespère. Vous ne vous êtes pas trompée sur le cœur, mais peut-être bien sur le caractère que moi-même je ne croyais pas tel qu’on le voit quelquefois. Ah ! c’est désolant ! je ne puis pas vous parler ici comme je le voudrais, l’occasion n’est pas assez sûre. Hélas ! maman, je crains bien que des tentatives réitérées de votre part n’aient pas plus de succès que les premières ! Mais, vous avez bien raison, en tous cas je dois les ignorer. »

Au mois de juin de la même année, elle explique à sa mère pourquoi la Cour n’est pas encore partie pour Kamenoï Ostrof où elle doit passer l’été. Elle ne regrette pas ce retard parce qu’il lui a permis de rester auprès d’une de ses plus chères amies dont on attend l’accouchement. Mais elle en révèle la cause comme suite et non sans une pointe de malice.

« Le fin de la chose est ceci : c’est que certaine personne fait faire des réparations à sa campagne et ne pense pas y aller et ce qui est plaisant c’est que l’Empereur se fait un mérite de rester en ville en disant que c’est par attention pour moi. Au reste, il est vrai que je n’en ai pas été fâchée tout ce temps ; mais, à présent, je voudrais déjà aller à Kamenoï Ostrof : aussi ai-je prié l’Empereur de ne pas se gêner pour moi ayant appris qu’il restait en ville uniquement par attention pour moi. Vous voyez, chère maman, que je suis portée à prendre les choses en couleur de rose et je bénis le ciel quand je me trouve dans ces dispositions. »

Dispositions de résignée qu’entretiennent sa tendresse pour l’infidèle, l’espoir qu’il lui reviendra et aussi la juste compréhension de sa dignité et de ce qu’elle lui commande. Mais elles n’empêchent ni les indignations, ni les plaintes qui s’échappent parfois de son cœur trop plein :

« Amélie m’a dit qu’elle vous parlait des couches de la Dame qui a mis au monde une fille. On dit qu’elle se croit grosse encore ; je ne sais si c’est vrai, mais je n’aurais plus la bonté de m’en affecter comme la première fois. Vous ai-je dit, chère maman, que la première fois, elle a eu l’impudence de m’apprendre la première sa grossesse qui était si peu avancée que j’aurais très bien pu l’ignorer ? Je trouve qu’il faut avoir pour cela un front dont moi je n’ai pas d’idée. C’était à un bal et la chose n’étant pas aussi notoire qu’à présent, je lui parlai comme à une autre, je lui demandai des nouvelles de sa santé ; elle me dit