Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/229

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sur une risata sonora, comme dit brillamment Boito en son libretto shakspearien ! Mais d’abord Falstaff n’est pas le testament du vieux maître. Des paroles sacrées, entre autres des Laudes à la Vierge, sur un texte de Dante, furent ses dernières paroles. Et puis quand même ? Rappelons-nous le crime que le poète du Purgatoire reproche à notre premier père :

in pianto e in affanno
Cambiô onesto riso e dolce giuoco.

« Il changea en larmes et en douleur l’honnête rire et le doux jeu. » Admirons le grand artiste qui voulut, près de mourir, tenter le changement contraire. A quatre-vingts ans, Verdi s’est senti la force et le courage de rétablir un peu, dans la mesure de son génie renouvelé, l’ordre véritable, éternel. Une fois au moins, il a souhaité de connaître lui-même et de communiquer au monde la joie, la joie avec toute sa puissance, toute sa noblesse, toute sa pureté. J’estime qu’il convient de l’en remercier et de l’en bénir.

C’est une compagnie internationale, ayant son siège à New-York (Metropolitan-Opera), qui vint chanter à Paris le répertoire italien. Et les artistes qui la composent forment vraiment une troupe, un ensemble, dont la valeur collective est peut-être supérieure encore au talent, si distingué soit-il, de chacun. Mme Fremstad, déjà nommée, est Suédoise ; Allemande, Mme Destinn ; Mme Francès Aida est Australienne ; M. Slezac, Autrichien ou Morave, et leurs camarades pour la plupart Italiens. Malgré cela, tous les interprètes ont, en quelque sorte fondu leurs nationalités diverses dans l’unité d’un style harmonieux. Mme Destinn fut une Aida très noble, très tendre, cherchant et trouvant l’expression dramatique dans la musique même, dans une voix admirable tantôt de douceur, tantôt de puissance, et toujours de pureté. Très pure aussi, la voix de Mme Aida, Desdemona touchante et, dans Falstaff, spirituelle et légère Nannette. Mme Romer, Amnéris et Mrs Quickly tour à tour ont dessiné, de la commère shakspearienne, une silhouette fort plaisante, italienne et britannique à la fois. M. Slezac (Otello) montra de petits défauts et de grandes qualités : une belle et forte voix de ténor, capable de charmer et d’émouvoir ; de la passion, de la fougue, et parfois (au dernier acte) dans le chant, dans le jeu même, une discipline, une retenue encore plus méritoire. Que l’artiste se défie seulement d’une prononciation sifflante, d’une diction saccadée et qui hache la phrase, ainsi que d’une disposition fâcheuse à jeter çà et là une note parlée ou criée à travers les notes du chant. On a dit, et