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de très puissans et très redoutés seigneurs ? Warwick (Richard Beauchamp), le père du faiseur de rois ; un autre Beaufort, Edmond plus tard duc de Somerset ; le comte du Stafford, connétable de France pour les Anglais ; William Alnwich, évêque de Norwich ; lord Willougby, capitaine du château ; et puis l’évêque de Thérouanne, Louis de Luxembourg, frère de Jean de Luxembourg, qui, mi-parti de France et de Bourgogne, fait le pont entre les Anglais et les Français « retournés ; » les transfuges, que représentent pleinement deux ou trois évêques, l’évêque de Noyon, de Mailly et l’évêque de Beauvais, Cauchon.

Au Grand Conseil, chargé des affaires de France, on voit ces personnages pêle-mêle avec des gens de la province qu’on y appelle pour ménager les transitions et alléger le poids de la conquête : deux abbés normands, Gilles de Duremort, abbé de Fécamp, Robert Jollivet, abbé du Mont Saint-Michel, le bâtard de Saint-Pol, grand maître de l’hôtel, Jean de Typtot, sénéchal de l’hôtel, Guy Le Bouteiller, Gilles de Clamecy, Raoul Lesage [1].

Tout autour, des Anglais et des Bourguignons de passage se rendant soit à Paris, soit aux armées, Jean de Mowbray, comte de Norfolk, Jean Stuart, Walter Fitz Walter, seigneur de Wodham, le jeune duc de Devonshire, le comte de Duras ; puis Jean de Pressy, seigneur du Mesnil, trésorier de France, conseiller et chambellan du Duc de Bourgogne, enfin le fameux Jean de Luxembourg, qui venait, apparemment, surveiller l’exécution du marché [2].

Ces hommes forment, en quelque sorte, l’opinion gouvernementale autour de Henri VI et de ses tuteurs. Ce sont leurs conseils, leurs avis, leurs propos, qui influent sur les décisions à prendre ; ils représentent, les uns l’esprit de la conquête, les autres l’acceptation de la domination. Tous, à des titres divers, agissent et collaborent : dans les affaires de cette sorte, il n’y a pas que les chefs de responsables.

Par l’effort concerté des vainqueurs et des « ralliés, » la province est soumise, mais elle n’est pas domptée. Tandis que les officiers, les fonctionnaires, les juges, les détenteurs des emplois et des bénéfices, soigneusement triés sur le volet, donnent aux choses une apparence d’ordre et de régularité, on sent, à des

  1. Voyez Note pour servir à la famille Saige ou Sage, par M. Gustave Saige, 1874, et Germain-Lefèvre Pontalis, Bibl. de l’École des Chartes, 1894 (p. 267, II.).
  2. Sur tous ces noms, voyez Beaurepaire, Recherches sur le Procès (p. 16).