Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/288

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peuple, qui comprenait le devoir social et qui savait mourir, fut plus éloquent que les discours pompeux et les arguties des docteurs.

Il suffit de comparer les dispositions de l’esprit public, en France, de Charles VII à Charles VIII : voilà l’œuvre d’une génération. Jeanne, en suivant son instinct sincère et droit, guérit la France du pédantisme scolastique. Le baralypton périt en la tuant.

A peine Jeanne d’Arc prise, l’Université se met en avant : elle eût voulu voir juger la Pucelle près d’elle, sous son œil et sous sa main, à Paris. Au moindre retard, elle somme le roi d’Angleterre et l’évêque de Beauvais d’en finir. Elle bout d’impatience.

Dès que les interrogatoires sont commencés, l’Université se hâte d’envoyer à Rouen six de ses suppôts les plus qualifiés, pour y assister, y prendre part, y jouer un rôle non moins décisif et efficace que celui des juges. Ce n’est pas tout : elle entend se prononcer elle-même. Elle réclame l’enquête et les interrogatoires, désireuse d’apporter sa voix et sa décision. C’est pour elle que sont rédigés les douze articles, résumé odieux des séances où les faits et les réponses de Jeanne se sont falsifias, adultérés ; et c’est là-dessus que ce corps illustre, consciemment, va se prononcer.

Les émissaires les lui rapportent avec joie. Pourtant, ceux-ci ont assisté aux audiences ; ils pourraient rétablir la vérité : c’est bien de cela qu’il s’agit ! Le corps se réunit aussitôt. Il se saisit de l’affaire. Chacune des Facultés délibère à part ; puis, elles se réunissent en assemblée plénière. Par l’organe du seigneur recteur, on décide de livrer l’affaire à l’examen des deux facultés de théologie et de décret. En quinze jours, celles-ci ont délibéré. Elles apportent leurs conclusions, dictées, comme elles disent, « par un esprit de charité, » et les voici : « La faculté déclare cette femme traîtresse, perfide, cruelle, altérée de sang humain, » etc. ; et l’autre faculté ajoute que cette femme est « schismatique, apostate, menteuse, divinatrice, etc. » Toutes deux concluent : qu’en conséquence, il y aura lieu de « l’abandonner au bras séculier pour en recevoir la peine proportionnée à l’étendue de son forfait. »

Sur ce double avis, le corps de l’Université, « toutes facultés et nations assemblées, » et, par l’organe du recteur, « ratifie et