Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/483

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ne se sentant pas suffisamment soutenu par les libéraux, il avait jusqu’à nouvel ordre renoncé à négocier avec Rome, attendant pour cela une occasion qui ne s’est pas offerte. Avec nos mœurs françaises, on pourrait s’étonner que M, Maura, conservateur, ait eu besoin de l’appui des libéraux pour entreprendre une négociation avec le Vatican. Il en est ainsi en Espagne : nous l’avons expliqué plus d’une fois. Le parti au pouvoir ne croit pas, comme trop souvent chez nous, devoir exterminer l’autre, ni même se passer de lui, et, pour certaines affaires particulièrement importantes, il recherche volontiers son appui. Au moment où nous parlons, les libéraux s’étaient montrés peu disposés à donner le leur, peut-être parce qu’ils aimaient mieux réserver la question et la résoudre un jour eux-mêmes. M. Canalejas a cru le moment venu de le faire. Nous avons dit quelles étaient ses obligations envers la droite ; mais, d’autre part, celle-ci le voyait d’un œil favorable ; il en était de même de la gauche ; M. Maura et M. Moret semblaient, sinon se réconcilier, au moins se concilier en sa personne ; M. Canalejas a donc pu croire qu’il n’aurait jamais et qu’aucun autre que lui n’aurait peut-être jamais de pareilles facilités. Il a donc ouvert des négociations avec Rome et les a poussées avec vigueur. Mais il n’a pas borné là son action, et, pendant que ces négociations se poursuivaient, il a pris unilatéralement un certain nombre de mesures dont le Vatican devait s’émouvoir et dont il s’est effectivement beaucoup ému.

Ces mesures sont au nombre de trois. Le catholicisme étant religion d’État en Espagne, l’article 11 de la Constitution a interdit à toutes les autres religions les manifestations extérieures de leur culte. Cette interdiction, très absolue à l’origine, a été depuis interprétée dans un sens moins restrictif, et un arrêté récent de M. Canalejas a encore élargi cette interprétation. En somme, les manifestations dans les rues, les processions par exemple, restent seules interdites ; les inscriptions ouïes emblèmes placés sur les édifices du culte sont autorisés. On pourra mettre, par exemple, une croix sur un temple protestant. L’importance réelle, pratique, de cet arrêté est infime ; il y a fort peu de protestans en Espagne et encore moins d’israélites. Mais on se dispute moins pour le fait lui-même que pour le principe dont il est l’expression. Le Vatican a répondu par une note à l’arrêté de M. Canalejas. Si nous en croyons les explications des journaux, ses observations portent surtout sur l’incorrection de M. Canalejas qui a pris un arrêté semblable au moment où des négociations se poursuivaient au sujet des rapports en Espagne de l’Église et de l’État.