Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/484

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M. Canalejas a répliqué que ces négociations avaient pour objet le Concordat et nullement la Constitution : or, il s’agissait d’un article de la Constitution et non pas du Concordat. La thèse peut se soutenir, elle est pourtant affaiblie, historiquement, par le fait que l’article 11 de la Constitution a été autrefois porté à la connaissance du gouvernement pontifical et est entré, en somme, dans les arrangemens passés avec lui. Mais M. Canalejas est allé plus loin : il a réglé aussi, par des décrets provisoires, le statut des congrégations et décidé qu’aucune ne pourrait se former jusqu’à nouvel ordre. Nouvelle note de Rome, et cette fois d’une solidité plus incontestable que la première, puisque le statut des congrégations était justement l’objet des négociations engagées. Était-il admissible que le gouvernement espagnol décidât et tranchât à lui tout seul ? À cela M. Canalejas a répondu qu’en attendant qu’un accord se fût formé le gouvernement avait le droit d’user de la plénitude de sa souveraineté, réponse qui semble mieux faite pour aggraver le différend que pour le résoudre, et qui parait bien avoir pour but de produire ce résultat. Nous répétons ici que nous écrivons d’après les renseignemens donnés par la presse, sans nous porter garant de la confiance qu’ils méritent. Est-ce assez ? M. Canalejas, cette fois du moins, s’en est-il tenu là ? Non : un nouveau décret vient de supprimer en Espagne le serment religieux qui existe encore en France. Cette fois l’Espagne peut s’enorgueillir d’être en avance sur nous et les radicaux français en prennent prétexte pour réclamer la liberté de pensée comme en Espagne. Il est difficile de ne pas voir, dans ces actes redoublés de M. Canalejas, une intention offensive, sinon offensante. Si une négociation diplomatique assaisonnée de hors-d’œuvre de ce genre arrive à bon terme, il faudra reconnaître que le Vatican y aura mis une grande bonne volonté. On a pu croire par momens que M. Canalejas voulait une rupture. Il ne procéderait pas autrement s’il la voulait. Le but qu’il poursuit est peut-être très avouable ; il proteste qu’il n’a aucune mauvaise intention contre la religion catholique ; il affirme que son seul dessein est de poursuivre une politique dont tous les partis avaient déjà reconnu l’opportunité : nous le voulons bien, mais les procédés qu’il emploie sont à lui, et il est permis de se demander si ce sont les plus propres à amener la paix.

Dans un pays comme l’Espagne, pays aux émotions vives et volontiers démonstratives, de pareils faits devaient provoquer des manifestations extérieures : elles n’ont d’ailleurs pas dépassé la mesure et ont conservé un caractère pacifique. Les manifestations catholiques ont