Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/582

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homme ayant quelque argent peut se trouver accusé et mis en prison. Il n’en sortira que si sa famille, ou son clan, verse la somme exigée. Les associations de notables, les corporations, les sociétés secrètes se sont organisées pour intervenir et mettre un frein à ces abus. Elles n’y réussissent qu’en partie. Cependant, grâce à elles, dans le monde des travailleurs, la solidarité s’est très développée. Il suffit d’un ordre lancé, pour qu’une famille, un magasin, une industrie, un pays étranger même, soit boycotté soudain. Le Chinois emploie volontiers le boycottage, il le préfère à la grève. Dans celle-ci, l’ouvrier souffre d’autant plus que la durée se prolonge. Le boycottage produit l’inverse. Le patron, l’industriel ou l’usine ne peut écouler aucun produit, ni acheter. On ne veut rien lui vendre. Sa situation empire de jour en jour. Les sociétés secrètes jouent un rôle important, quelquefois régulateur, plus souvent politique. Telle la célèbre société la Triad, tête de la rébellion des Taï-Ping. Elles s’étendent aux groupemens établis à l’étranger. Quelques-unes sont des institutions de secours mutuel, comme le Tsaï-li, société de tempérance ; quelques-unes sont des sociétés de bandits partageant parfois leurs bénéfices avec la police. Les massacres des missionnaires à Ku-Cheng, en 1895, furent attribués à la société des végétariens. L’insurrection des Boxers, soulevée au cri de : « Protège la Chine et tue l’étranger ! » tirait son origine d’une société analogue à la Triad. Dans la plupart des rébellions, leur action se découvre. Elles sont l’âme des révoltes causées par les exactions. Le gouvernement sait à quoi s’en tenir puisque ses membres ont été fonctionnaires. Mais pour supprimer les détournemens, toute l’organisation devrait être changée. Les mandarins ont des émolumens ridiculement faibles. Il leur est matériellement impossible de vivre sans malversations et pots-de-vin. Un vice-roi reçoit 2 500 francs de traitement et des frais de service variant de 22 500 francs à 30 000 francs. Avec cette somme il doit pourvoir à toutes les dépenses de son palais, payer et nourrir le personnel de ses bureaux, ses gardes du corps, soutenir le train de maison imposé par sa situation, envoyer un tribut annuel à différens personnages influens de la capitale ; souvent une nombreuse famille est à sa charge. En fait, ses dépenses varient de 300 à 350 000 francs par an. Le même rapport existe entre les émolumens des autres fonctionnaires et leurs dépenses obligées, depuis le plus grand jusqu’au plus