Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/608

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91 000 en 1897 à plus de 15 millions en 1907. La population a doublé en dix ans. Si cet accroissement continue, la Sibérie aura trente millions d’habitans en 1917, presque tous concentrés le long des chemins de fer. Il est maintenant contraire à la réalité de dire que la Russie d’Europe finit aux monts Ourals. L’Europe s’étend jusqu’au lac Baïkal. Tout ce qui est en deçà est aussi européen que le sont Kief et Moscou. La population est de pure race caucasique, elle gagne vers l’Est, engagée dans ce mouvement par le gouvernement et grâce à l’action du Transsibérien. Elle va ainsi à la rencontre de la race Jaune qui pour les mêmes raisons s’étend au Nord et au Nord-Ouest. On peut admettre que vers 1937, ces régions seront peuplées de 50 millions de Russes, car le sol peut les nourrir. Les exploitations agricoles chinoises gagneront en même temps vers le Transbaïkal. Ces mouvemens sont la conséquence des forces qui poussent les populations vers les régions où elles comptent trouver plus d’abondance avec l’espace et dont les chemins de fer, organes nourriciers, répartissent les ressources. L’examen de la situation donne lieu de penser que la colonisation russe, puissante à l’Ouest du Baïkal, s’étendra difficilement vers l’Est. Les Chinois ont graduellement descendu les vallées du Sungari et leurs cultures couvrent maintenant de vastes espaces sur des terrains déserts il y a dix ans. Des villes chinoises s’élèvent à côté des villes russes. Sous ce rapport, Harbin montre ce que deviendra la Mandchourie quand elle sera soustraite à l’administration corrompue du Céleste-Empire. En 1902, Harbin était une simple station de bifurcation, avec quelques centaines d’employés ou de marchands. Quarante mille Russes l’habitent aujourd’hui. C’est la ville de l’Asie la plus peuplée d’Européens. Elle est située dans la vaste plaine du Sungari, qui contient plusieurs millions d’hectares d’excellente terre, et avant la dernière guerre, elle commençait à devenir un centre pour le commerce du blé. Quatre moulins à vapeur construits par des Russes avaient donné de gros bénéfices. D’autres s’élevèrent bientôt aux différentes stations voisines des centres de culture. Au commencement des hostilités, neuf moulins à Harbin et huit autres échelonnés le long de la ligne Harbin-Mukden pouvaient livrer 600 000 kilogrammes de farine par vingt-quatre heures. Ceci explique en partie le remarquable rendement du Transsibérien dans les transports militaires et comment l’intendance a pu