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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




M. Paul Deschanel a signalé autrefois, comme un agent particulièrement actif des votes parlementaires, la peur de ne pas paraître assez avancé ; mais il y a aussi celle de ne pas paraître assez vertueux, et, de ces deux peurs, il est difficile de dire quelle est la plus forte. La nouvelle Chambre n’a pas voulu être en reste de vertu avec ses devancières ; on lui a signalé un scandale judiciaire, auquel quelques autres pourraient être rattachés, et elle a aussitôt nommé une Commission d’enquête pour faire la lumière, toute la lumière ! On sait par expérience que les commissions d’enquête ne font pas beaucoup de lumière ; mais peu importe, leur objet principal n’est pas là. Il suffit que chaque député puisse dire à ses électeurs qu’il n’a, personnellement, rien négligé pour dissiper les ombres autour de la vérité ; après quoi, il peut se rendre le témoignage qu’il a rempli en toute conscience le vieil adage : Fais ton devoir, advienne que courra ! Malheureusement ces commissions d’enquête, à en juger du moins par les précédentes, ont plus d’inconvéniens que d’avantages ; elles sont un élément de perturbation entre les pouvoirs publics ; elles soulèvent plus de questions qu’elles n’en résolvent ; elles laissent dans les esprits plus de trouble que de sécurité. C’est bien l’avis du gouvernement, et M. le président du Conseil a énuméré à la Chambre tous les défauts de l’enquête, mais il n’a pas osé s’y opposer nettement, soit qu’il ait craint que la Chambre ne passât outre à son veto, soit qu’il ait été arrêté, comme il l’a dit, par un scrupule personnel : ayant été mis en cause, il n’a pas voulu avoir l’air d’étouffer une affaire où il avait été directement impliqué. En un mot, M. Briand a eu peur, comme les autres, de ne pas paraître assez vertueux. Alors, rien n’a plus retenu la Chambre. Elle a donné un vote de confiance à M. Briand, mais elle a voté l’enquête. Il ne faut pas chercher entre les votes le moindre lien logique : il n’y en a pas.