Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/722

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parti qui peuvent se plaindre de la Chambre au début de cette législature. Le gouvernement a son ordre du jour de confiance, mais M. Jaurès a sa commission d’enquête et il la préside. Quel est le mieux partagé ?

Nous ne parlerons aujourd’hui que pour mémoire de l’incident crétois ; il est clos, et c’est tout ce qu’on pouvait désirer pour le moment. Il avait pris naissance dans la résolution prise par l’Assemblée nationale crétoise d’exclure de son sein les députés musulmans qui avaient refusé de prêter serment au roi Georges. Les puissances, mises en mouvement par la protestation de la Porte, ont protesté à leur tour. Elles ont fait plus : elles ont adressé un ultimatum à la Crète et annoncé que si, dans un délai restreint, satisfaction ne leur était pas donnée, leurs troupes débarqueraient et s’empareraient des douanes. Leurs vaisseaux appuyaient déjà cet ultimatum par leur présence dans le port de la Canée. La mise en demeure était sérieuse ; on ne pouvait pas douter de la résolution des quatre puissances, ni de la rapidité avec laquelle elles l’exécuteraient. Les Crétois ont senti qu’ils devaient céder et ils l’ont fait, mais de si mauvaise grâce, avec tant de réticences, avec une mise en scène si habilement calculée pour engager l’avenir le moins possible, ou même pour ne pas l’engager du tout, qu’on peut se demander quelle est la portée de leur apparente soumission. L’opposition n’a point désarmé, elle s’est contentée de s’abstenir, de sorte que le vote qui admettait les députés musulmans sans prestation de serment a été rendu à la majorité des membres présens, mais non pas à la majorité de l’assemblée elle-même qui était loin d’être au complet. Quoi qu’il en soit, les députés musulmans ont été admis ; c’est ce que demandaient les puissances, c’est ce qu’elles ont obtenu ; mais aussitôt l’assemblée a prononcé son ajournement à plusieurs mois de date. Très sagement, les puissances se sont contentées de ce vote ; elles n’ont pas jugé opportun d’exiger des précisions plus grandes ; elles savent bien qu’aux prises avec la question crétoise on vit au jour la journée, et qu’on ne peut pas vivre autrement ; l’important était de faire revenir l’assemblée sur son premier vote qui excluait les musulmans ; ce point obtenu, tout le monde avait besoin de reprendre haleine. Les troupes européennes n’ont point débarqué ; les douanes n’ont pas été saisies ; mais les navires des puissances sont restés dans les eaux crétoises, et il sera prudent de les y laisser assez longtemps pour n’avoir pas à les y renvoyer.

La Porte s’est montrée d’abord satisfaite du résultat obtenu et qui,