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officiel et dynastique, lettres, comptes, inventaires, en un mot, les archives royales. Pour le clinicien, les sommes portées chaque jour au livre des dépenses de Charles VI (réparation d’objets, soins de toilette et d’hygiène, mesures de protection, etc.) constituent le réactif le plus sensible et le plus sûr de la folie du Roi.

C’est grâce à la confrontation et à l’analyse de tels documens, grâce à la critique sévère du témoignage, que l’histoire peut devenir, selon le vœu de Renan, non plus seulement, comme il la définissait, en sceptique : « une des manières dont les choses ont pu être, » mais une science positive et « une vue immédiate » des faits ; et c’est en appliquant la même méthode de critique rigoureuse, que la médecine peut, elle aussi, dans ses recherches historiques, se proposer d’évoquer la vision directe des phénomènes morbides, et, se reportant pour ainsi dire au lit même du malade, tenter de reconstituer, dans une certaine mesure, la clinique du Passé. Dans cette œuvre de pathologie historique, où le savant constate les symptômes et discute les diagnostics, on conçoit que la Médecine de l’histoire et l’Histoire de la médecine, qui étudient, toutes deux dans le passé, Tune les malades, et l’autre les doctrines, se prêtent, par une collaboration naturelle, les renseignemens les plus précieux et les ressources les plus fécondes.

Mais un tel essai de clinique rétrospective est chose difficile. Pour le mener à bien, il faudrait, dit A. Brachet, « réunir l’érudition du chartiste, le tact du psychologue et l’expérience du médecin. »

En réalité, ma tâche sera plus simple : et je n’aurais pas osé l’entreprendre si, à la suite de nombreux auteurs, tels que Audry, Chéreau, Brachet, Bird, etc., je n’avais pu, de l’examen des mêmes documens et de la critique des mêmes témoignages, tirer des conclusions soit différentes, soit plus étendues et plus précises, et aboutir à un diagnostic de la maladie de Charles VI tout à fait en accord avec les données de la Psychiatrie contemporaine.


II. — L’HÉRÉDITÉ DE CHARLES VI

A. Brachet, dans son livre sur la pathologie des Rois de France, a longuement étudié l’hérédité de Charles VI. Abordant