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récentes élections italiennes et de la crise ministérielle qui s’est produite en Espagne : il faut toutefois en dire un mot.

Avant que les élections italiennes fussent terminées, on n’y attachait pas grande importance. L’épreuve devait être cependant très intéressante, parce que ces élections devaient être faites par application d’une loi électorale nouvelle qui a triplé le nombre des électeurs et a introduit en Italie, ou peu s’en faut, le suffrage universel. Il n’y a qu’une différence d’âge, entre le moment où, d’une part, ceux qui savent lire et écrire, et, d’autre part, les illettrés peuvent voter. Finalement tous le font à partir de trente ans : on suppose que l’expérience de l’âge supplée au défaut d’instruction. En chiffres ronds, les électeurs italiens sont donc passés de 3 à 9 millions. Différence considérable, on le voit ; mais le président du Conseil italien, M. Giolitti, n’en a éprouvé aucune appréhension ; il se sentait maître du terrain électoral, comme du terrain parlementaire. Cela vient, comme tous les journaux en ont fait la remarque, de ce qu’il n’y a pas en ce moment départis en Italie. Les partis se forment, se groupent autour d’un programme politique et il n’y a plus de programme. A l’exception des républicains et des socialistes — et encore non pas de tous ces derniers, — l’opposition a désarmé, elle n’existe plus, personne ne fait la guerre au gouvernement, M. Giolitti est le ministre que tous acceptent. Dans ces conditions, les élections auraient dû être partout très calmes, mais le sang italien est bouillant et, sur plus d’un point, la lutte ayant été d’une violence extrême, il a coulé ; c’étaient là toutefois des querelles de personnes où les divisions politiques n’entraient pour rien ; en fait, les programmes se ressemblaient et les candidats ennemis, quelque acharnés qu’ils fussent les uns contre les autres, étaient également ministériels. Dans ces conditions, la victoire gouvernementale était certainement facile ; elle s’est produite en effet, et cependant nous n’oserions pas dire que le ministère en soit consolidé. M. Giolitti est habile, mais la situation est nouvelle. Si on ne regarde que l’apparence des choses, cette situation est la suivante. Les républicains, qui n’étaient pas très nombreux, le sont aujourd’hui moins encore de moitié. Les socialistes, au contraire, ont gagné des sièges, mais moins qu’on ne le croyait et qu’ils ne l’espéraient. Les catholiques ont vu doubler le petit bataillon quils avaient à la Chambre, et c’est la participation qu’ils ont prise à la bataille électorale qui a donné à cette bataille et à son résultat son caractère original, en partie imprévu.

On sait que jusqu’à ce jour le Pape s’était opposé à ce que les cathohques prissent part aux élections : c’est ce qu’on appelait le non expedit.